Numerus clausus ou pas : la pénurie de médecins reste

11 Janvier 2023

Au-delà de la crise de l’hôpital, l’accès à un médecin est souvent devenu un vrai parcours du combattant, et la transformation récente du « numerus clausus » en « numerus apertus » ne règle rien.

La loi de 1971 instaurant le numerus clausus répondait autant à la volonté du gouvernement de limiter les dépenses de santé, en restreignant le nombre de praticiens, qu’au souhait d’organisations de médecins d’éviter un afflux de jeunes concurrents formés, dans la période d’ouverture des universités après 1968.

Peu après sa mise en place, les coups de rabot commençaient : le numerus clausus passait d’environ 8700 en 1977 à près de 6 400 à l’arrivée de la gauche au pouvoir, puis à 4 750 en 1986 lors du retour de la droite. Le nombre d’étudiants en médecine s’effondrait de 60 % entre 1977 et 1993, et le numerus clausus n’a retrouvé son niveau de 1971... qu’en 2018. La situation était alors bien différente de celle connue un demi-siècle auparavant : la population était passée de 50 millions à 65 millions, le nombre de personnes d’au moins 60 ans avait doublé et celui des 75 ans et plus était deux fois et demie plus élevé.

Face à la pénurie grandissante de médecins, le numerus clausus a été supprimé en 2021... et remplacé par un numerus apertus. L’État ne fixe plus de maximum annuel mais un objectif pour cinq ans, à l’issue d’une conférence nationale réunissant des administrations, des élus, les agences régionales de santé, les ordres professionnels et les facultés de médecine. Tout ce petit monde est censé estimer les besoins de soins... en partant donc de la situation existante, déjà très dégradée, et des moyens que l’État daigne accorder à la formation.

Si les objectifs 2021-2025 sont en hausse par rapport aux cinq années précédentes, cela n’empêchera pas la situation de continuer à s’aggraver, puisqu’un généraliste sur trois a atteint ou dépassé l’âge de 60 ans, une proportion encore plus élevée chez les ophtalmologues et les médecins du travail. Le ministère de la Santé estime ainsi que, compte tenu du vieillissement de la population, le nombre de médecins disponibles va continuer à diminuer et ne reviendra qu’en 2033 au niveau actuel.

L’effondrement n’a été évité que par l’explosion du nombre de médecins acceptant de travailler au-delà de 65 ans. Ce nombre a plus ou moins triplé en dix ans chez les généralistes et les ophtalmologues, par exemple. Pour ne pas être réduit à travailler jusqu’à l’épuisement ou à laisser des personnes sans soins, les médecins devront rejoindre le combat de l’ensemble des travailleurs de la santé, pour exiger davantage de moyens pour la formation et la rémunération de tous.

Sacha Kami