Italie : droite et extrême droite se voient déjà au pouvoir

21 Septembre 2022

Les élections du 25 septembre pourraient porter la droite et l’extrême droite à la tête de l’Italie. La coalition dite de centre droit est donnée favorite, qui comprend Forza Italia, le parti de Berlusconi, la Ligue de Salvini, et le parti néofasciste Fratelli d’Italia dirigé par Giorgia Meloni.

L’accord entre les trois partis de la coalition prévoit que le poste de chef du gouvernement revienne au parti ayant le plus de voix. Or, alors que le gouvernement Draghi se voulait un gouvernement d’union nationale, Fratelli d’Italia avait refusé de s’y joindre. Cela lui permet d’apparaître comme le seul parti d’opposition et pourrait mettre Meloni à la tête du gouvernement. Ainsi, un parti héritier direct du parti fasciste pourrait se retrouver à la tête du pays.

Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), reprenant le début de l’hymne national, est le successeur d’Alliance nationale et du MSI, le Mouvement social italien. Celui-ci, fondé à la fin de la guerre par des cadres du parti fasciste de Mussolini, n’a jamais renié ce passé, et ses successeurs non plus. Si les dirigeants de Fratelli d’Italia laissent entendre que tout cela est dépassé et qu’il n’y a plus lieu d’en discuter, ils ne peuvent se couper des militants d’extrême droite et des authentiques nostalgiques du fascisme qui sont une bonne part des cadres du parti. Mais s’ils peuvent aujourd’hui se considérer aux portes du pouvoir, ils peuvent en remercier les autres partis et les institutions.

Longtemps après la guerre, dans un pays marqué par les vingt ans de dictature qu’il venait de vivre, le parti néofasciste a en effet été tenu en dehors des coalitions gouvernementales, tout en recueillant régulièrement 5 à 10 % des voix. Dans les années 1980-1990, des dirigeants politiques ont estimé utile de mettre fin à cet ostracisme et de permettre à cette frange d’électeurs, et surtout d’élus, de participer aux majorités de l’Italie dite démocratique. Au moment où le Parti communiste reniait ouvertement son passé pour se transformer en un vague parti démocrate, l’intégration des néofascistes apportait opportunément un contrepoids, rendant possible la constitution de majorités de droite.

C’est avec la caution du parti de Berlusconi, mais aussi avec celle du parti Démocrate ex-communiste, soucieux de se montrer responsable, que s’est opérée la normalisation du parti néofasciste. Elle s’est accompagnée d’une réhabilitation discrète du passé fasciste, faite de discours renvoyant dos à dos les partisans communistes et les chemises noires de Mussolini. Tous auraient été des jeunes sincères trompés par des idéologies totalitaires n’ayant plus de sens à notre époque. En même temps, les campagnes anti-immigrés donnaient droit de cité au racisme.

C’est dans ce climat que la droite et l’extrême droite ont pu trouver une audience dans une partie des classes populaires, elles-mêmes de plus en plus éloignées des partis traditionnels et d’une gauche engagés jusqu’au cou dans la gestion des affaires pour le compte de la bourgeoisie.

Cette campagne électorale aura vu Giorgia Meloni et Matteo Salvini faire assaut de démagogie et jurer que leur gouvernement fera tout pour aider les Italiens à payer leurs factures d’énergie en hausse, tandis que le dirigeant du Parti démocrate, Enrico Letta, continuait imperturbablement à regretter la fin du gouvernement du banquier Draghi. On voit pourquoi de nombreux votes populaires se détournent vers la droite et l’extrême droite, et aussi largement vers l’abstention.

Meloni est bien « dédiabolisée », à la manière d’une Le Pen en France. Elle n’a que respect de la démocratie et volonté du peuple à la bouche et ricane quand on évoque à son propos un danger fasciste. Elle veut convaincre de sa capacité à mener une politique conforme aux intérêts de la bourgeoisie.

Mais si l’aggravation de la crise nécessitait d’en revenir aux méthodes fascistes de gouvernement, Fratelli d’Italia, la Ligue et le milieu d’extrême droite qui les entoure ont bien des éléments qui ne rêvent qu’à cela.

André FRYS