Renault : économie circulaire et tour de vis sur les emplois

21 Avril 2021

Dans une page d’interview au Journal du dimanche, Luca de Meo, directeur général de Renault, se montre content de lui, quelques jours avant la publication des résultats trimestriels de l’entreprise.

Motif de satisfaction à ses yeux, ses directeurs et lui ont « diminué les coûts fixes », et les « deux milliards d’euros d’économies [seront atteints] plus tôt que prévu, peut-être dès la fin de cette année ». Il se félicite d’avoir tranché dans le vif plus facilement dans cette période où les constructeurs automobiles se taillent des croupières, faute de marché solvable.

Sans aucune allusion aux 15 000 suppressions d’emplois programmées, dont 4600 en France, De Meo s’enorgueillit de son plan Renaulution qui s’appuierait sur le software et l’électrique, il a même inauguré une Software République. Pour l’usine de Flins, la pierre philosophale serait l’économie circulaire, car d’ici 2024 plus aucune voiture ne sortira des chaînes de montage, mais des boîtes de vitesse, des batteries usagées – pardon, en deuxième vie - et des voitures de location seraient retapées dans une « Re-factory », atelier de remise à neuf que de Meo appelle « solution créative ». Il prétend même que ce bricolage, dans une dizaine d’années, « réaliserait plus de chiffre d’affaires qu’en y assemblant des voitures ». En tout cas, le nombre de postes qui resteraient ne permettrait pas d’occuper les milliers de travailleurs de 2021, loin de là.

S’adressant à ses pairs et aux gros actionnaires, le directeur général peut toujours faire des moulinets avec les bras. Mais les travailleurs de l’ingénierie et des bureaux du Technocentre de Guyancourt et des centres de recherche, déjà avertis de la suppression de 2 500 postes, pas plus que les milliers d’ouvriers de l’usine de Flins, ne semblent vraiment dupes. Ils l’ont montré à plusieurs reprises, ce qui leur importe, c’est de garder leur emploi et leur salaire. Ils sont bien placés pour savoir que Renault a accumulé des milliards ces dernières années, ce sont eux qui en sont la source.

Viviane LAFONT