Ouganda : Total, par l’odeur du pétrole alléché

21 Avril 2021

Le 12 avril, Total a signé avec un pétrolier chinois et les États d’Ouganda et de Tanzanie un accord lançant un gigantesque projet de forage au milieu d’un parc naturel en Ouganda, dans la région protégée des Grands Lacs.

Il s’agit d’un des plus gros projets de Total en Afrique : 400 puits de pétrole seraient installés autour du lac Albert, une des sources du Nil. L’Ouganda n’ayant pas d’accès à la mer, il faudra en outre construire un oléoduc de plus de 1 400 km jusqu’à un port en Tanzanie. Le but est d’atteindre une production de 230 000 barils (36 000 m3)de pétrole brut par jour d’ici quatre ans. La banque Goldman Sachs a calculé que ce projet serait rentable si le baril dépasse 48 dollars : il est à 63 aujourd’hui, ce qui laisse entrevoir l’importance des bénéfices. Les cinq milliards investis par le pétrolier français dans ce projet seront vite amortis.

Total promet des retombées favorisant le développement de ces pays pauvres et jure, la main sur le cœur, qu’il respectera l’environnement et les populations locales. Mais qui peut y croire ? Des ONG comme les Amis de la Terre ou Survie ont dénoncé les intimidations, les pressions sur les habitants pour qu’ils cèdent leurs terres. Les Amis de la Terre estiment à environ 118 000 le nombre de personnes touchées par le projet, qui verront leur accès aux ressources réduit, ou seront obligées de partir. Deux militants ougandais ont été agressés chez eux, puis arrêtés et interrogés pendant plusieurs heures, alors qu’ils venaient de témoigner dans l’action en justice intentée par les ONG.

Les populations sur place ont bien des raisons d’être inquiètes, car Total n’en est pas à son coup d’essai. Ce poids lourd mondial, toujours soutenu par l’État français au travers des multiples scandales qui ont émaillé son histoire, a les moyens d’imposer sa dictature à des États pauvres et à des populations entières.

Camille PAGLIERI