Afghanistan : une guerre interminable

21 Avril 2021

Le président américain, Joe Biden, a fixé à la date symbolique du 11 septembre 2021 le retrait total des troupes américaines d’Afghanistan, retardant un peu le calendrier décidé par son prédécesseur, Donald Trump, qui avait annoncé le 1er mai comme date butoir après un accord signé avec les Talibans.

Bush avait décidé l’intervention en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, sous prétexte que le régime taliban en place à Kaboul offrait sa protection à al-Qaida et à Ben Laden. Le régime taliban avait été mis en déroute en quelques semaines et Ben Laden en fuite. En fait, pour l’armée américaine et pour le corps expéditionnaire de l’Otan, comprenant notamment des troupes françaises jusqu’en 2014, commençait une guerre sans fin.

Jamais les hommes de paille mis au pouvoir sous protection américaine n’ont eu d’autorité au-delà de Kaboul. Aujourd’hui, le pays est livré aux seigneurs de guerre, dont les Talibans semblent la faction la plus puissante, alors que al-Qaida a repris pied dans le pays et que l’organisation État islamique y a fait aussi des affidés. Il n’y a en Afghanistan quasiment pas un jour sans attentat. La population est prise au piège des différents groupes armés et le terrorisme n’a jamais reculé.

L’impérialisme américain n’a pas lésiné sur les moyens. Si aujourd’hui il reste quelque 3 000 soldats américains en Afghanistan, le corps expéditionnaire a compris jusqu’à plus de 100 000 soldats, sans compter les mercenaires stipendiés par l’État américain. Dans cette guerre, les matériels de pointe, drones et bombes les plus perfectionnées, ont été expérimentés. L’engagement américain dans un des pays les plus pauvres de la planète aurait coûté au total près de 2 000 milliards de dollars, qui ont gonflé les fortunes du secteur militaro-­industriel américain ou qui ont irrigué les réseaux de la corruption en Afghanistan, pour se retrouver sur les comptes en banque des seigneurs de guerre et des trafiquants d’opium, souvent les mêmes il est vrai.

Si le chiffre de 2 400 soldats américains tués en Afghanistan est probablement exact, on ne saura jamais le nombre réel des Afghans tués, pas plus d’ailleurs que le nombre de victimes indirectes, en particulier parmi les millions de réfugiés ayant fui le pays. L’objectif des États-Unis en Afghanistan n’a jamais été de protéger la population ou de promouvoir les droits des femmes piétinés par le régime taliban, comme Bush le répétait pour justifier l’intervention militaire de 2001.

Vingt ans plus tard, l’impérialisme américain semble se résoudre à laisser la place aux Talibans, car le départ de ses troupes, ainsi que celui des dernières troupes de l’Otan, laissera sans protection leur fantoche de Kaboul. Après tout, en 1996, quand les Talibans s’étaient imposés au pouvoir, les États-Unis les avaient d’abord considérés comme une option valable. La population continuera de payer le chaos que les États-Unis ont contribué à semer dans ce pays sous prétexte de « guerre au terrorisme ».

Boris SAVIN