Crise mondiale : les émergents coulent

08 Avril 2020

Chute des prix des matières premières, fuite de capitaux et donc des rentrées d’argent, hausse des taux d’intérêt pour les États qui empruntent : la crise s’approfondit et prend de multiples formes pour les pays du tiers-monde.

Depuis le début de l’année, le prix du pétrole sur les marchés internationaux a été divisé par deux. C’est une catastrophe pour les pays producteurs dont les revenus pétroliers constituent souvent la plus grande part du budget de l’État. Ainsi la moitié des recettes budgétaires du Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, provient des ventes de pétrole.

Le cours du cuivre a perdu 18 % depuis le 15 janvier, celui du café 30 % depuis décembre, celui du sucre 33 % depuis fin février. Tous les pays qui vivent de l’exportation de matières premières, minérales ou agricoles, sont à genoux.

Au même moment, comme à chaque fois qu’une crise économique s’étend à l’échelle mondiale, la grande bourgeoisie et ses institutions financières rapatrient des masses de capitaux vers les pays impérialistes qui leur semblent plus sûrs. Les pays moins développés voient donc les capitaux les fuir encore plus vite qu’ils n’avaient fait lors de la crise de 2008.

La monnaie de ces pays s’effondre. Depuis le 1er janvier, le rand sud-africain et le réal brésilien ont perdu 30 % de leur valeur face au dollar, le peso mexicain 25 %.

Prenant acte de cette déconfiture, les agences de notation ont dégradé ces derniers jours la note financière de l’Afrique du Sud, de l’Angola, du Nigeria, du Mexique. Cela ne fait que rajouter de l’huile sur le feu, car ces États doivent à présent payer plus cher pour emprunter alors que leurs revenus ont fondu. L’aide financière du FMI a déjà été sollicité par 85 pays, deux fois plus qu’en 2008…

Ces pays sont souvent qualifiés « d’émergents ». Mieux vaudrait dire qu’ils s’enfoncent, et leur population avec, sous le double effet de l’épidémie et de la folie du capitalisme.

Lucien DÉTROIT