Bénin : un champ viral fertilisé par l’impérialisme

08 Avril 2020

Au Bénin, ce pays de l’Afrique de l’Ouest, de près de 12 millions d’habitants, les populations informées par les expatriés et les réseaux sociaux ont commencé à s’inquiéter de la propagation du virus, malgré les assurances du gouvernement.

Avant les premières mesures sanitaires officielles, des parents ont pris les devants en retenant leurs enfants à la maison. Des syndicats, des professionnels de santé ont appelé à la fermeture des écoles, mais le gouvernement rassurait au point de conforter l’idée relativement répandue d’une « maladie de blancs ». Contrairement aux fanfaronnades gouvernementales, les professionnels de santé ont fait œuvre de pédagogie, en développant l’idée que le virus est certes parti de Chine, mais contamine tous les pays sans discrimination de races.

Ainsi à l’université D’Abomey-Calavi, en banlieue de la capitale Cotonou, les forces de répression ont tiré le 24 mars sur un groupe d’étudiants, tuant l’un d’entre eux. Leur tort était d’exiger la fermeture de l’université devant l’absence du strict minimum de mesures sanitaires sur le campus : ni point d’eau pour se laver les mains, ni gel hydroalcoolique. Ils incitaient par ailleurs leurs camarades à quitter les amphithéâtres bondés, refusant « d’attendre le pire avant de prendre des mesures fortes ».

C’est dans ce contexte que le gouvernement a fini par fermer les lieux de culte, puis les écoles.

En temps ordinaire déjà, les hôpitaux, en nombre insuffisant, manquent de tout. Les malades sont livrés à eux-mêmes. L’hôpital ne fournit ni la nourriture ni les médicaments. Le personnel soignant ne s’occupe pas des soins d’hygiène. C’est à la famille de s’en charger. Elle doit aussi payer les traitements, si elle en a les moyens. Pour se procurer un traitement médical, il faut souvent faire le tour de plusieurs pharmacies dans plusieurs villes ou se le faire envoyer de l’étranger. Ce qui est difficile dans les circonstances actuelles.

Les familles des patients s’installent dans la cour de l’hôpital pour préparer les repas, laver le linge. Il n’y a pas assez de lits, de chambres. Les malades et les accompagnants sont dans les couloirs, à même le sol.

Comment appliquer les gestes barrières dans ces conditions ?

Avec la mise en place depuis le 30 mars de « cordons sanitaires » autour des grandes villes, la fermeture des frontières, la population va de plus devoir se débrouiller avec les maigres moyens locaux.

Un premier décès par infection au Covid-19 est avéré. Il s’agit d’une femme qui a séjourné au Cameroun. Rentrée au Bénin, en passant par le Togo, elle a repris ses activités de commerçante au grand marché de Cotonou avant que la maladie se déclare. Soignée dans une clinique privée, elle est décédée lundi 6 avril. Contactées par le médecin en charge de la patiente, les autorités ont mis plusieurs jours avant de venir effectuer le test validant le Covid-19. Le virus a pu contaminer la famille, les soignants et bien d’autres.

Dans les médias, le président Patrice Talon et ses ministres continuent de vanter leur « stratégie contre le virus » et « leur amour du peuple ».

Le 3 avril Emmanuel Macron, en représentant en chef de l’impérialisme français, a réuni une dizaine de dirigeants africains en conférence téléphonique.

Ils craignent une montée de la colère populaire qui pourrait déstabiliser les régimes en place. Que souhaiter de mieux, si ce n’est que le vieux fatras du système capitaliste disparaisse avec eux ?

Michel Tinas