Une situation inacceptable

15 Janvier 2020

L’initiative des médecins vient après le mouvement qui s’est exprimé dans la rue le 14 novembre, après celui des soignants des services d’urgence, sans parler des nombreuses mobilisations locales qui ont dénoncé l’étranglement financier des hôpitaux orchestré par l’État et ses conséquences sur les patients et le personnel hospitalier.

Des tarifs de remboursement, donc des rentrées financières, qui n’ont pas suivi l’évolution des coûts d’hospitalisation pendant plusieurs années ont plongé nombre d’établissements dans l’endettement. D’autant plus que, les déserts médicaux s’étendant, les patients qui ne peuvent consulter un médecin en ville viennent de plus en plus aux Urgences.

Le quotidien des services hospitaliers est dramatique. On manque de lits, les couloirs servant de « chambre » en cas d’afflux de malades. On manque de matériel de base, par exemple de potences pour soulager les membres opérés, mais aussi de couvertures, de produits d’entretien, etc.

Des locaux d’un autre âge, eu égard à la technique médicale moderne, en côtoient d’autres qui sont rénovés mais manquent cruellement d’effectifs, ce qui provoque des fermetures de lits pourtant installés. La pénurie de personnel est générale, des médecins aux aides-soignants, en passant par les infirmières et les ASH qui s’occupent du nettoyage. Elle oblige chacun à courir d’une tâche à une autre, d’un patient à un autre, sans pouvoir accorder le temps et l’attention nécessaires à des gens qui souffrent.

On cherche en permanence les lits libres pour hospitaliser les patients qui arrivent, même si c’est dans des services autres que ceux spécialisés dans les pathologies à soigner. On envoie même des patients d’un hôpital à un autre, voire dans d’autres régions, comme récemment des enfants de la région parisienne hospitalisés à des centaines de kilomètres à cause de la pénurie de lits de réanimation pédiatrique.

Dans les hôpitaux psychiatriques, on recourt de plus en plus à la contention pour « traiter » les patients en crise en les attachant, car le personnel n’est plus assez nombreux pour s’en occuper, ni avant la crise pour la prévenir, ni après pour maîtriser des malades agités.

Ce quotidien qui s’aggrave sans cesse n’attire plus à l’hôpital ni les jeunes médecins ni les soignants. C’est pourquoi, des infirmières aux ASH, la revendication d’une augmentation de 300 euros mensuels formulée par le personnel des Urgences s’est généralisée.

Jusqu’à présent, sous la pression des mobilisations, la ministre Buzyn a lâché tout au plus quelques miettes, nettement insuffisantes au regard des besoins des hospitaliers. Il est urgent de dédier aux hôpitaux tous les moyens financiers que la santé de la population mérite.

Lucien DÉTROIT