" Pénibilité " : poudre aux yeux gouvernementale

15 Janvier 2020

Pour tenter de faire passer sa réforme des retraites, le gouvernement reprend une vieille ficelle, utilisée par tous ses prédécesseurs, en parlant de la pénibilité au travail. Des rencontres sont organisées avec les directions syndicales qui acceptent de se prêter à son jeu.

Les discussions gouvernement-patronat-syndicats sur la pénibilité seront au mieux de la poudre aux yeux. La loi prévoit déjà que le fait d’effectuer un travail pénible puisse permettre de partir plus tôt à la retraite. Mais elle le fait de façon très restrictive, d’autant plus que la même ministre du Travail de Macron avait, dès sa prise de fonctions en 2017, et comme le patronat l’exigeait, avalisé la suppression de quatre des dix seuls critères de pénibilité retenus par la loi. Ces critères n’ouvrant plus droit à un compte pénibilité (seuls 1,5 million de salariés en ont un) concernaient le port de charges lourdes, les positions pénibles, les agents chimiques dangereux et les vibrations mécaniques. Travailler au marteau-piqueur, par exemple, ne serait donc pas pénible, pour nos gouvernants.

Annonçant la couleur avant même de recevoir les syndicats, la ministre a rabâché dans les médias que ces critères sont trop difficiles à évaluer. Pour elle, il n’est pas question de les rétablir.

Lors de négociations sur la retraite et la pénibilité dans le secteur public le 8 janvier, le secrétaire d’État à la Fonction publique a, lui, annoncé la fin des « catégories actives » qui permettaient que des agents partent cinq ou dix ans avant l’échéance légale, au titre de la pénibilité. Résultat, selon la CGT – qui a claqué la porte avec la CFE-CGC, et la FSU, FO et Solidaires ayant boycotté la réunion –, sur 700 000 agents du public qui y avaient droit, entre 200 000 et 300 000 n’auront plus rien.

Et pendant que le gouvernement monte une mise en scène sur la pénibilité au travail, un ouvrier a toujours en moyenne une espérance de vie de sept ans inférieure à celle d’un cadre supérieur ou d’un dirigeant d’entreprise. L’écart atteint même treize ans entre les 5 % les plus pauvres de la population et les 5 % les plus riches.

Pierre LAFFITTE