Financement des retraites : entourloupe à tous les étages

15 Janvier 2020

Édouard Philippe exige des syndicats de préconiser des mesures « dont la vocation est de parvenir à un équilibre financier [du système universel des retraites] d’ici 2027 ». Avec un impératif absolu : pas question d’augmenter les cotisations patronales.

Il manquerait, nous dit-on, à l’horizon 2025, entre 8 et 17 milliards d’euros pour équilibrer les comptes des retraites. Le COR, Conseil d’orientation sur les retraites, sur lequel le gouvernement s’est appuyé pour faire peur à tout le monde, a précisé que ces chiffres étaient à prendre avec des pincettes.

Un nombre de salariés plus important, un chômage qui diminue, une situation économique un peu meilleure, remplissent mécaniquement les caisses de Sécurité sociale, et les caisses de retraite en particulier. À l’inverse, les licenciements organisés par le patronat et la diminution du nombre des fonctionnaires imposée par Macron, accompagnée du blocage de leur salaire, diminuent les rentrées de cotisations.

Autre entourloupe largement employée depuis quelques années : la non-compensation par l’État des exonérations patronales, décidée par le gouvernement, représente un manque à gagner pour les caisses de retraite. Il s’agirait de plusieurs dizaines de milliards depuis l’arrivée de Macron au pouvoir.

De toute façon, le COR l’écrit en toutes lettres, l’évaluation du déficit des retraites dépend de « conventions comptables discutables ».

En fait, le but du gouvernement est de faire croire qu’il y a péril en la demeure et qu’il faut donc faire payer les travailleurs, tous les travailleurs.

Pourtant, il y a largement de quoi financer la retraite de tout le monde, d’abord parce que ce serait normal. Quel que soit son parcours, chômage ou pas, emploi public ou privé, mère de famille, handicapé, chaque salarié à la retraite a droit à un revenu pendant sa retraite, lui permettant de vivre convenablement, financé par les employeurs, puisque ce revenu n’est que du salaire différé.

Ensuite, les progrès de productivité permettent de produire toujours plus de richesses. Aujourd’hui, chaque travailleur en produit bien plus que l’équivalent de sa simple subsistance, et globalement les travailleurs produisent largement de quoi nourrir, vêtir, loger et faire vivre convenablement toute la population, et ils pourront le faire demain encore mieux. Le seul problème, c’est qu’une part énorme de cette production de richesse est accaparée par une poignée de milliardaires parasites. La solution du financement des retraites est à trouver de ce côté-là.

Bertrand GORDES