Yémen, catastrophe humanitaire : les grandes puissances responsables

26 Septembre 2018

La situation de la population au Yémen depuis mars 2015, date du début de la guerre opposant la coalition dirigée par l’Arabie saoudite aux milices houthistes, ne cesse de s’aggraver. « La misère fait plus de morts que la guerre elle-même » titrait Le Monde du 21 septembre.

De mars 2015 à août 2018, la guerre a fait entre 10 000 et 14 000 victimes, et provoqué le déplacement de deux millions d’hommes, femmes et enfants. Mais c’est la famine qui menace d’être la plus meurtrière car la guerre aggrave encore la crise économique et sociale qui ravage le pays. Sur les 28 millions d’habitants que compte le pays, 22 millions auraient besoin d’une assistance humanitaire. Cinq millions d’enfants souffrent de la faim. L’Arabie saoudite impose un blocus qui empêche l’arrivée de l’aide humanitaire transitant à 70 % par Hodeida, le principal port du pays. Et 90 % des besoins en nourriture, essence et médicaments du Yémen dépendent des importations. Faute d’accès à l’eau propre, plus d’un million de Yéménites, selon l’OMS, sont touchés par l’épidémie de choléra qui a déjà fait plus de 2 400 morts entre septembre 2016 et mars 2018. L’économie de ce pays, un des plus pauvres de la planète, s’écroule : les fonctionnaires ne sont pas payés, la monnaie yéménite, le rial, a perdu un tiers de sa valeur depuis janvier 2018, laminant les salaires, quand ils sont payés, et accélérant l’envolée des prix.

À cela s’ajoute le chaos favorisé par l’irruption de diverses milices : de fait, c’est la loi des bandes armées.

La position géographique du Yémen lui donne une importance stratégique. Il contrôle le détroit de Bab el-Mandeb par lequel transite le quart du pétrole mondial et 10 % du commerce maritime international, de quoi aiguiser bien des convoitises. L’Arabie saoudite a de plus une frontière commune avec le Yémen de près de 1 800 kilomètres. C’est pourquoi la monarchie saoudienne a toujours considéré ce pays comme sa zone d’influence, avec la bénédiction des États-Unis. C’est elle qui est intervenue suite aux manifestations de 2011 contre Saleh, le dictateur alors en place, pour tenter d’éteindre l’incendie, en soutenant Hadi, l’actuel président. En mars 2015, c’est pour soutenir le pouvoir de son protégé que l’Arabie saoudite a lancé une offensive contre les milices houthistes qui le menaçaient.

Le conflit s’enlise depuis et les puissances impérialistes, États-Unis en tête, laissent faire. Et pendant que les civils meurent de faim ou sous les bombes fabriquées aux États-Unis, ou les missiles made in France, l’ONU organise des réunions censées « mobiliser davantage de soutien à la réponse humanitaire » comme celle du 24 septembre dernier, regroupant les puissances responsables du chaos.

Aline RETESSE