Grande-Bretagne : Brexit et bourbier politicien

26 Septembre 2018

La Première ministre britannique, Theresa May, est donc revenue les mains vides du sommet européen de Salzbourg, le 20 septembre. Mais s’agit-il réellement d’un échec cuisant, voire d’une « humiliation » comme l’ont prétendu les manchettes ulcérées de toute une partie de la presse britannique ?

Sans doute est-ce bien ce que May elle-même cherche à faire croire. N’a-t-elle pas, dans un discours aux accents vengeurs, accusé l’Union européenne d’avoir « manqué de respect » à la Grande-Bretagne lors de ce sommet ?

Pourtant, rhétorique mise à part, tout cela n’a en fait pas grand-chose à voir avec l’UE. Il ne s’agit que de la dernière péripétie des luttes intestines entre factions du Parti conservateur de May.

D’ailleurs, personne ne s’attendait à ce que quoi que ce soit sorte du sommet de Salzburg. Et ceci d’autant moins que le « projet de Chequers », le projet de divorce que May devait y présenter à l’aréopage des dirigeants européens, avait déjà été repoussé par leurs négociateurs en juillet dernier.

Le véritable objectif de ce projet était avant tout de rétablir l’ordre dans les rangs mêmes du gouvernement May. Depuis des mois, plusieurs ministres, partisans de claquer la porte de l’UE, avaient pris l’habitude de se désolidariser violemment de May. Sommés de soutenir formellement le « projet de Chequers » au nom de la solidarité gouvernementale, ils durent se contenter de claquer la porte du gouvernement.

Sous l’impulsion de ses anciens ministres démissionnaires, les nombreuses factions qui sont hostiles à May au sein de son parti ont trouvé un point de ralliement en faisant de l’abandon du « projet de Chequers » leur cheval de bataille. Et elles s’apprêtent à passer à l’offensive lors du congrès annuel du Parti conservateur, qui doit s’ouvrir le 30 septembre, avec des chances non négligeables de fragiliser la position de May, voire peut-être de l’écarter de la tête du parti et du gouvernement.

Ce contexte du sommet de Salzburg explique les postures « dures » affichées par May. Face aux menaces qui pèsent sur sa carrière, rien ne valait un couplet bien chauvin lui permettant de se poser en victime d’une conspiration européenne !

Car, plus que jamais, le jeu auquel se livrent May et ses ministres relève de l’équilibrisme. Pour parvenir à un règlement final conforme à la volonté des grandes entreprises de préserver autant que possible le statu quo antérieur vis-à-vis du Marché unique, il leur faut bien faire des concessions à l’UE dans les négociations. Mais pour éviter de prêter le flanc aux attaques au sein de leur parti, ils dissimulent ces concessions derrière un barrage de démagogie xénophobe et de rodomontades nationalistes.

C’est donc autour des rivalités politiciennes au sein du Parti conservateur que s’articule l’interminable saga des négociations du Brexit. Et qu’importe si, de ce fait, ces politiciens sans scrupule créent une atmosphère aussi empoisonnée que dangereuse pour la population laborieuse. Qu’importe aussi si, en jouant les apprentis sorciers, malgré les avertissements émis par la finance mondiale, ces politiciens prennent le risque, dans le contexte de la crise chronique du capitalisme, de déstabiliser non seulement l’économie britannique, mais peut-être même l’économie mondiale.

La bourgeoisie impérialiste a sans doute le personnel politique qu’elle mérite, aussi irresponsable vis-à-vis de l’ensemble de la société que l’est son système pourrissant. Mais pourquoi la classe ouvrière devrait-elle faire les frais de cette irresponsabilité criminelle ?

François ROULEAU