LE XXXe Congrès du PCF : La " mutation " vient de loin31/03/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/03/une-1655.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

LE XXXe Congrès du PCF : La " mutation " vient de loin

Non sans grandiloquence, Robert Hue a qualifié le trentième congrès de son parti, qui vient de se tenir à Martigues, de " congrès fondateur du nouveau parti communiste des années 2000 ".

On ne sait pas ce que donnera le ravalement à grand spectacle opéré par ses dirigeants, mais force est de constater que ce replâtrage masque une réalité fort ancienne. Non pas que le PCF reste lié à ses origines révolutionnaires. Il y a longtemps que les liens avec ce passé-là se sont distendus, et même brisés. Aussi longtemps que la " mutation " dont Hue parle aujourd'hui - mais on en parle depuis longtemps, Marchais lui même utilisait l'expression - il y a longtemps que ce processus de mutation est engagé.

Ainsi, par exemple, le congrès de Martigues s'est flatté d'innover, en chamboulant les structures du parti, en remettant en cause l'existence des cellules à la base, telles qu'elles existaient, ou n'existaient plus, selon les dires de Hue. Dans le même ordre d'idées, les structures de direction ont été modifiées, à la fois dans leur mode de désignation et dans leur fonction, sans que l'on sache d'ailleurs ce qu'il en sera à l'avenir, puisqu'il a été décidé que les formules adoptées n'auraient qu'un caractère expérimental.

Mais ces transformations formelles, même si elles traduisent une volonté d'exprimer une nette rupture avec des références encombrantes héritées du passé, ne changent pas grand-chose à la réalité telle qu'elle existe depuis pas mal de temps au sein du PCF. L'importance donnée aux notables qui seront désormais représentés automatiquement, de droit, dans les instances de direction, choque à juste titre nombre de ceux qui militent sur le terrain, dans les quartiers et les entreprises, ceux dont les efforts ont permis à ces notables de faire carrière. Mais le poids de ces notables dans la vie du parti, aussi bien au plan parlementaire qu'au plan local, dans les municipalités, n'est pas chose nouvelle. Au point que l'on connaît, et depuis bien longtemps, les fiefs d'untel ou d'untel, que l'on sait intouchables. Il y a bien longtemps que ces notables dictent leur loi sur leur territoire, en toute indépendance par rapport à leur parti.

De même, pour prendre un autre aspect évoqué lors de ce congrès, le choix de la participation gouvernementale, de nouveau réaffirmée avec force par Hue, ne relève pas d'une stratégie récente. Elle remonte aux années d'après-guerre, à plus de 45 ans donc, si l'on ne prend pas en compte le soutien sans participation de la direction du PC au gouvernement dirigé par le socialiste Blum, en 1936.

Mais il n'est pas besoin de remonter si loin dans le temps. L'expérience de la participation gouvernementale du PCF entre 1981 et 1984, sous l'égide de Georges Marchais qui en était alors le secrétaire général, est encore fraîche dans les mémoires des militants et des travailleurs. Tout comme le bilan qu'ils ont pu en tirer, qui fut totalement négatif à la fois pour les travailleurs et pour le PCF. Hue ne se privait d'ailleurs pas de le répéter, jusqu'à ce qu'il affirme le contraire... à partir du moment où Jospin accorda trois ministères (aujourd'hui quatre) au PCF.

Ce parti qui veut à toute force changer de peau a donc au moins une gestation qui part de loin.

Reste qu'il n'a pas choisi, comme d'autres l'ont fait, ou projettent de le faire, de renoncer à son étiquette communiste. Même si cette référence est pour certains de ses dirigeants, de ses cadres, de ses notables, purement formelle, elle n'a pas été jetée pour l'instant aux orties. Pourquoi ? Certes, pas par vénération pour un passé que les cadres du PCF piétinent sans remords. Mais parce qu'ils ont conscience que nombre de militants, en particulier dans les entreprises, là où les patrons mènent leur lutte de classe à eux, conservent leur fidélité à un idéal de justice sociale qu'incarne encore, peut- être confusément, le mot communisme. Et ce sont ces femmes et ces hommes qui permettent encore au PCF d'exister et qui lui confèrent son poids social et politique. Cet héritage-là, les dirigeants du PCF l'ont détourné depuis bien longtemps, et certains sont sans doute impatients de le bazarder.

Mais la prudence qu'ils adoptent montre que la rupture avec cette base n'est pas sans danger pour leurs calculs et leurs ambitions. Car ce faisant, ils scieraient la branche sur laquelle ils reposent. C'est pourquoi ils s'efforcent, en paroles, de justifier la participation gouvernementale tout en insistant sur leur volonté d'impulser le mouvement populaire.

Hue a invoqué, dans son intervention à Martigues, la nécessité d'imposer à la majorité de gauche " une perfusion " de ce mouvement populaire. Entre le mouvement populaire d'un côté et l'allégeance au gouvernement, il n'y a pas symétrie. L'équilibre n'est tenable qu'à condition que le mouvement ne dépasse pas les limites. C'est cette contradiction que la direction du PCF est contrainte de gérer, non sans difficulté, après ce " congrès fondateur " tout comme avant.

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