TotalEnergies : permis de piller et de polluer

07 Décembre 2022

L’audience qui devait se tenir le 12 octobre devant le tribunal judiciaire de Paris sur le projet de pipeline géant de TotalEnergies en Afrique de l’Est a été renvoyée au 7 décembre. Une énième manœuvre de Total a empêché l’ouverture d’un procès concernant les conséquences humaines et environnementales de ses projets en Ouganda et Tanzanie depuis 2019.

TotalEnergies poursuit deux vastes chantiers pétroliers en Afrique de l’Est : le projet Tilenga comporte le forage de plus de 400 puits en Ouganda, et le projet ­EACOP prévoit de transporter le pétrole extrait à travers l’Ouganda et la Tanzanie jusqu’à l’océan Indien, via le plus long pipeline chauffé au monde (1 443 kilomètres).

Pendant que ses avocats mènent une bataille procédurale, Total mène tambour battant ses chantiers en Ouganda et Tanzanie pour lancer sa production dès 2025, à raison de 230 000 barils par jour. En Ouganda, les ONG dénoncent depuis plusieurs années l’expropriation de paysans, pour beaucoup sans indemnisation, après les intimidations des forces de sécurité de Total, de l’armée ougandaise et désormais de la nouvelle police spéciale du pétrole ougandaise. Un rapport témoigne de la même brutalité et des mêmes exactions en Tanzanie. Au total, 118 000 paysans ont déjà été expropriés dans ces deux pays. Mais le projet de Total va également affecter la vie de dizaines d’autres millions. Son oléoduc géant doit longer le plus grand bassin d’eau douce d’Afrique, le lac Victoria, dont dépendent aujourd’hui 40 millions de personnes, avec les risques de fuites propres à tout pipeline. Il menace aussi les populations des rives de l’océan Indien, avec le danger prévisible de marées noires dans une région sujette aux tsunamis et aux séismes.

Alors, peu importe la COP 27, la résolution prise en septembre par le Parlement européen pour un report du projet EACOP, sa condamnation par quatre rapporteurs spéciaux de l’ONU, et même par le Vatican : TotalEnergies poursuit ses chantiers, et son calendrier n’a pour l’instant pas bougé d’un pouce.

En dépit des poursuites en cours, Total a déjà reçu à de multiples reprises le soutien de Macron à son projet, ainsi que celui des régimes ougandais et tanzanien. Pour continuer de piller les ressources, d’exploiter les populations et de polluer des régions entières, le trust peut compter sur l’appui et la complicité inconditionnels de l’État français.

Marlène Stanis