Loi sur l’immigration : démagogie antimigrants et mesures propatronales

07 Décembre 2022

Mardi 6 décembre, le gouvernement a présenté devant les députés les grandes lignes de son projet de loi sur l’immigration, dont l’examen au Parlement doit avoir lieu en janvier.

De nombreuses associations dénoncent « un énième projet de loi (...) qui va toujours dans le même sens, (...) une restriction des conditions d’accueil et une détérioration continue des droits des personnes migrantes ».

Le texte propose une série de mesures visant à réduire le délai des procédures concernant les demandeurs d’asile. Alors que la Cour nationale du droit d’asile, devant se prononcer sur une demande, statuait majoritairement d’une façon collégiale, le recours à un juge unique serait systématisé. En cas de rejet de la demande, il deviendrait possible de procéder à l’expulsion sans attendre le dépôt d’un recours. Pour augmenter le nombre d’expulsions, la méthode consiste clairement à rendre la procédure encore plus expéditive qu’elle ne l’est actuellement.

Mais, tout en donnant des gages à l’électorat le plus réactionnaire, le gouvernement cherche aussi à satisfaire aux revendications d’une partie du patronat, inquiet de ne pas pouvoir trouver une main-d’œuvre sous-payée. Un titre de séjour spécifique devrait être créé pour les « métiers en tension » dont il existe une liste, créée en 2008 et actualisée une seule fois en 2021. Le gouvernement voudrait y intégrer des secteurs tels que la restauration, la petite enfance, le bâtiment, la propreté et la logistique.

Quant aux critères pour bénéficier d’un tel titre, le ministre de l’Intérieur Darmanin a déclaré qu’ils restaient à définir : « Combien d’ancienneté faudra-t-il sur le sol national ? Est-ce qu’on doit mettre des quotas ? » Et de conclure qu’il était « ouvert au débat parlementaire ». Le ministre laisse ainsi la porte ouverte à de nombreuses concessions à la droite et au Rassemblement national qui, à l’annonce de cette mesure, se sont déchaînés contre le prétendu « laxisme de la politique migratoire du gouvernement ».

Le résultat de ces tractations sera de toute façon en faveur du patronat. À la fois parce que certains employeurs pourront trouver plus facilement à répondre à leurs besoins de main-d’œuvre, mais aussi parce que les divisions entre ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas permettent plus facilement aux patrons de tirer les salaires vers le bas et rendent plus difficile une lutte commune des travailleurs pour se défendre face à leurs exploiteurs.

Pour défendre leurs intérêts, les travailleurs ne disposent que d’une seule arme, leur capacité à lutter ensemble. Opposer l’idée de la solidarité entre travailleurs, quelle que soit leur origine, au poison de la xénophobie répandu par tous les démagogues, est plus que jamais nécessaire.

Marc RÉMY