Écologie : qui sont les terroristes ?

02 Novembre 2022

En qualifiant d’écoterroristes certains des militants qui se mobilisent contre la mégabassine agricole de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, Gérald Darmanin a voulu renforcer sa posture de premier flic de France, défenseur de l’ordre inflexible envers les écologistes radicaux et autres contestataires.

Les grosses retenues d’eau comme celle de Sain­te-Soline sont demandées par des agriculteurs, ­souvent des gros exploitants, pour pouvoir irriguer leurs champs au printemps ou à l’été, malgré les pénuries d’eau engendrées par les sécheresses. Des riverains et des militants écologistes accusent ces bassines d’aggraver la pénurie, en pompant dans des nappes phréatiques déjà trop basses. En décidant de faire interdire par la préfecture la manifestation des opposants à cette retenue et d’envoyer 1 500 gendarmes mobiles pour les contenir et les disperser, Borne et Darmanin ont d’emblée choisi leur camp et décidé de jeter de l’huile sur le feu. C’est dans ce contexte que des militants ont coupé des canalisations et riposté aux tirs nourris de la gendarmerie.

Cette même politique gouvernementale, consistant à prendre coûte que coûte le parti de quelques gros agriculteurs, avait entraîné en 2014 la mort du jeune Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive alors qu’il s’opposait à la construction d’un barrage à Sivens dans le Tarn. L’État, par l’intermédiaire des juges, de la police ou des préfets, dispose de tout un arsenal qui lui permet de criminaliser les actions des militants qui s’opposent à ce type de projet. C’est le même arsenal juridique qui est parfois utilisé contre des travailleurs en lutte qui occupent leur entreprise.

À l’inverse, le respect de la propriété privée et du secret industriel sont systématiquement brandis quand il s’agit de protéger les entreprises qui polluent ostensiblement. Ainsi, malgré une enquête récente révélant le rejet important de perfluorés dans les eaux, l’air et les sols voisins, aucun peloton de gendarmerie n’est venu contraindre la direction de l’usine Arkema de Pierre-Bénite, dans la vallée de la chimie lyonnaise, à cesser de polluer. La direction de Lubrizol, à Rouen, avait trouvé la complicité de la préfecture qui l’autorisait à stocker dans un local inadapté des dizaines de milliers de tonnes de produits toxiques et inflammables. Ces négligences ont provoqué un incendie géant en 2019 et la ­pollution de toute une partie de l’agglomération rouennaise. Après cet incendie, ni le préfet ni Warren Buffett ou les autres propriétaires de Lubrizol n’ont été accusés de terrorisme.

Quant aux patrons du groupe Total, propriétaire de l’usine AZF de Toulouse, ils ont fait sauter tout un quartier de la ville en 2001, tuant 30 personnes, et faisant des milliers de blessés. Grâce à ses milliards d’euros et son armée d’avocats, Total a pu différer les procès, multiplier les appels et minimiser sa responsabilité dans cette explosion ­criminelle. Ces terroristes-là courent toujours, et ils ont même le pouvoir sur la société.

Xavier LACHAU