Affaires en baisse, dividendes en hausse : capital cannibale

28 Avril 2021

Le ralentissement de la production et des échanges mondiaux consécutif aux débuts de la pandémie en 2020 a mécaniquement réduit le chiffre d’affaires des grands groupes capitalistes. Leurs bénéfices déclarés s’en sont ressentis. Le résultat des entreprises du CAC 40, les quarante plus importantes cotées à la Bourse de Paris, a ainsi diminué de 55 % entre 2019 et 2020.

Pourtant, ces groupes se préparent aujourd’hui à verser 51 milliards d’euros à leurs actionnaires, soit presque autant qu’en 2019, année record. L’Observatoire des multinationales, qui a publié ces chiffres, cite entre autres le cas de Total. Le groupe pétrolier va distribuer 7,6 milliards d’euros à ses actionnaires alors même qu’il a déclaré un déficit de 7,2 milliards pour l’année passée. De façon générale les groupes du CAC 40 vont verser à leurs actionnaires plus d’argent que ce qu’ils ont déclaré comme bénéfices.

Ce miracle comptable n’en est pas un et doit tout à l’action de l’État. Toutes ces entreprises ont en effet profité d’aides publiques sous différentes formes, allant du paiement des salaires des travailleurs en chômage jusqu’aux subventions directes et aux dégrèvements multiples d’impôts et de cotisations. Ils ont également largement profité des prêts à taux zéro consentis par la Banque de France et la Banque centrale européenne. Cet argent, créé par les institutions financières et qui sera finalement porté au débit des travailleurs, aura donc servi à satisfaire les actionnaires.

Le rapport cite également le groupe pharmaceutique Sanofi qui, outre les aides offertes à tout capitaliste, a bénéficié des commandes prépayées de vaccins qui n’existent toujours pas. Sanofi se prépare à verser près de 5 milliards à ses actionnaires. On attend toujours ses investissements pour produire, même avec les brevets des autres s’il le faut, les vaccins en quantité suffisante pour faire face à la pandémie.

La politique de Sanofi, qui sacrifie la production de vaccins à la satisfaction des actionnaires, est révoltante. Mais c’est en fait celle de tous les capitalistes qui, sous l’aile de l’État, profitent de la crise pour s’enrichir. Il ne s’agit pas d’un système aveugle, d’institutions sourdes et de victimes anonymes. Derrière les colonnes de chiffres, ceux des dividendes comme ceux des sacrifiés, il y a des visages. Il y a ceux des millions qui sont morts et mourront demain faute de vaccin. Il y a aussi, pour ne citer que les plus connus, celui de Bernard Arnault, qui touchera 1,5 milliard d’euros de dividende de ses actions LVMH, ou celui de Françoise Bettencourt, 730 millions ce printemps pour son paquet de L’Oréal.

Paul GALOIS