Nettoyeuses de la gare du Nord : harcelées et condamnées

11 Novembre 2020

Depuis 2012, quatre salariées d’une société chargée du nettoyage de la gare du Nord à Paris se battent pour faire reconnaître les violences sexuelles subies sur leur lieu de travail.

Le 29 octobre, la cour d’appel de Paris les a condamnées à rendre la majeure partie des indemnités qu’elles avaient perçues en 2017.

En 2017, elles avaient obtenu gain de cause auprès du tribunal des prud’hommes qui avait condamné leur employeur, la société H. Reinier, une filiale de groupe Onet, à leur verser entre 30 000 et 100 000 euros de dommages et intérêts.

La décision de la cour d’appel de Paris oblige les plaignantes à rembourser entre 75 et 90 % des sommes perçues. Cette décision est d’autant plus scandaleuse que la cour d’appel reconnaît la société H. Reinier coupable de violences sexuelles et de discrimination à leur égard, ainsi que de harcèlement moral et discrimination envers un militant syndical mis en cause, que H. Reinier avait également fini par licencier. Ce n’est pas tout. Les juges considèrent que les licenciements étaient justifiés car, entre autres, ces salariées auraient tenu des propos injurieux à l’égard de leurs supérieurs . En fait, elles auraient dû rester polies envers leurs harceleurs !

Suite au jugement, une plaignante a déclaré : « Je suis pauvre, je touche 1039 euros, j’ai un loyer de 700 euros, trois enfants, je ne pourrai pas rembourser .» Rachid, le militant qui se bat à leurs côtés, dénonce une justice de classe.

Il faut ajouter que la société H. Reinier peut d’autant mieux user de ses sales méthodes qu’elle bénéficie du silence complice de la SNCF. Interpellée sur ces faits en 2013 par une association de défense des droits des femmes, la direction s’était défaussée en déclarant qu’elle n’a aucune autorité sur son prestataire, dont elle a même renouvelé le contrat depuis.

Denis Aler