Le CDI intérimaire : sur mesure pour le patronat

11 Novembre 2020

Le groupe d’intérim Adecco se vante depuis la mi-octobre d’embaucher 15 000 travailleurs en contrat à durée indéterminée, qu’il appelle CDI apprenant, d’ici 2021. Mais, derrière cette dénomination ronflante, il ne s’agit en fait que d’un contrat précaire de plus.

Ce contrat n’est en effet qu’un simple copier-coller du CDI intérimaire (CDII) expérimenté en 2014 par Hollande et généralisé en 2018 par Macron. Adecco s’est contenté d’y ajouter quelques promesses de formations supplémentaires, mais le principe reste le même.

Le CDI intérimaire a été créé pour répondre aux besoins du patronat, et plus particulièrement de celui de l’intérim. En deux ans, le nombre de travailleurs en CDII a d’ailleurs été multiplié par deux, passant de 22 000 à près de 50 000 aujourd’hui.

Avec ce contrat, le travailleur signe un CDI avec l’agence d’intérim, qui ne lui garantit aucune stabilité concernant le type et le lieu de travail ou le montant de la paye. Il doit en effet accepter toutes les missions, même les plus courtes (1 h 30 !), dans un rayon de 50 kilomètres. Le salaire peut baisser de 30 % par rapport à celui de son travail précédent. Il faut juste que la mission corresponde à un des trois métiers figurant sur son contrat de travail.

Quand l’agence d’intérim ne fournit pas de travail, elle est tenue de verser une rémunération, au smic pour les ouvriers et employés. En revanche, le CDII permet aux patrons de ne plus payer la prime de fin de contrat et l’indemnité compensatrice de congés payés, l’équivalent de 20 % du salaire brut que touche normalement tout travailleur en intérim.

Autre avantage pour le patronat : la mission n’est plus bloquée à 18 mois comme avec l’intérim, mais à 36 mois, et elle peut même être renouvelée une fois sans délai de carence.

Certes, le CDII peut apparaître comme un avantage par rapport à l’intérim classique pour un travailleur qui cherche un logement ou un prêt, sauf que pour les banques et l’obtention d’un logement, le CDII n’a pas la valeur du CDI.

Dans la période actuelle où le chômage explose, signer un CDII peut aussi sembler apporter une certaine stabilité et un salaire régulier pour de jeunes travailleurs sans expérience ou qui trouvent très peu de missions d’intérim. Mais, dans la réalité, le CDII ne s’adresse pas à eux. En effet la grande majorité des travailleurs qui ont signé ce type de contrat, sont connus depuis longtemps par les agences d’intérim, sont plus âgés et d’un niveau de formation et de qualification plus élevé que la moyenne des intérimaires.

Pour le patronat, le CDII c’est donc la possibilité d’exploiter une main-d’œuvre précaire formée et expérimentée mais lui coûtant encore moins cher que l’intérim. C’est le beurre et l’argent du beurre !

Arnaud LOUVET