Mouvement dans les lycées : des gilets jaunes aux gilets jeunes

05 Décembre 2018

Depuis le 30 novembre, l’agitation sociale qui secoue le pays a commencé à s’étendre aux établissements scolaires. Lundi 3 décembre, entre 100 et 200 établissements étaient perturbés par des blocages plus ou moins serrés, par des rassemblements de lycéens dans la rue.

Le lendemain, des dizaines de nouveaux lycées entraient dans le mouvement, donnant naissance à de multiples manifestations dans des villes de toute taille : 700 lycéens à Thionville, plus de 1 000 sur la promenade des Anglais à Nice, de nombreuses manifestations à Marseille où bien des lycées étaient touchés.

Les regroupements de lycéens en colère ont parfois été accompagnés de feux de palettes ou de poubelles, de quelques retournements de voitures, voire d’affrontements avec la police. En dehors des quelques fois où des bandes en ont profité pour régler leurs comptes, c’est souvent l’intervention brutale de la police, dégageant sans ménagement et avec des gaz lacrymogènes les blocages bon enfant des lycéens, qui a provoqué l’indignation, même celle des passants, et a fait monter la colère d’un cran.

Les sujets d’inquiétude des lycéens entraînés par le mouvement des gilets jaunes sont multiples. Ils soulignent les entraves à la poursuite des études à cause du manque de places dans le supérieur, ce que cristallise le système d’orientation Parcoursup. Ils refusent la réforme, qui va réduire les possibilités de choix d’orientation tout en augmentant encore les effectifs des classes. Les lycéens en filière professionnelle refusent qu’on rabaisse encore le niveau des formations.

Mais le mécontentement exprimé par la jeunesse scolarisée est souvent bien plus général. Les lycéens dénoncent des économies sur l’éducation, alors que l’argent est distribué sans mesure aux grandes entreprises. Ils soulignent l’injustice d’une société où les plus modestes sont cantonnés à des formations au rabais, alors que les plus riches, qui ont déjà tout, auront accès aux meilleures formations. Ils veulent pouvoir construire leur avenir et refusent de voir toutes les portes se fermer devant les plus modestes.

Aux revendications contre les réformes de Blanquer se sont ajoutés dans les manifestations des slogans politiques, surtout les « Macron démission » et parfois les « C’est la, c’est la, c’est la révolution ». La jeunesse, en particuliers des milieux populaires, a toutes les raisons de descendre dans la rue, de refuser d’être traitée comme des moins que rien par un gouvernement au service des gens des beaux quartiers, qui ont la belle vie. Dans le contexte de mécontentement croissant, et rebondissant sur la mobilisation des gilets jaunes, la jeunesse peut prendre sa place dans une contestation bien plus générale de la société, de ses inégalités, de l’absurdité de son fonctionnement économique, où les fruits du travail de tous ne profitent qu’à quelques-uns.

Avec son énergie et sa fougue, la jeunesse peut transmettre son enthousiasme autour d’elle et aider bien des travailleurs à retrouver confiance en leur force, eux qui subissent les coups depuis des années et portent le poids des désillusions et des trahisons des partis et des gouvernements successifs.

Jeudi 6 et vendredi 7 décembre, les lycéens étaient appelés à se mobiliser massivement. Ils peuvent contribuer à l’essor d’un mouvement venu des classes populaires, face auquel le gouvernement se trouve sans prise et qui inquiète de plus en plus ouvertement le patronat. La jeunesse doit renouer aux côtés des travailleurs avec le combat pour les idées de la transformation sociale.

Gilles BOTI