Laboratoires pharmaceutiques : les profits tuent

24 Octobre 2018

800 morts, c’est le nombre de décès liés à des overdoses aux dérivés de l’opium que cite le président de la Fédération Addiction.

L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) annonce une hausse de 128 % en dix ans des décès chez des malades atteints de douleurs chroniques et qui utilisaient des médicaments antidouleurs contenant des opiacés.

Pour les autorités de santé, il semble qu’on s’oriente en France vers la même tendance qui a conduit aux USA à une surmortalité considérable. Aux États-Unis plus de 52 000 décès ont été provoqués par la consommation excessive d’opiacés, ce qui en fait la première cause de décès dans ce pays.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard mais d’une politique commerciale délibérée des laboratoires pharmaceutiques. Ceux-ci ont mis leurs énormes moyens financiers à créer de toutes pièces un nouveau marché pour la centaine de millions d’Américains souffrant de mal de dos chronique. Ils ont vanté l’efficacité d’antalgiques puissants, les opiacés, à base de morphine mais présentés comme mieux tolérés, notamment n’entraînant pas de risque de dépendance médicamenteuse ou d’overdose. Mais dans les faits, ils ont développé chez ces malades une dépendance à ces opiacés dont ils ne pouvaient plus se passer, à moins d’une cure de désintoxication.

Aujourd’hui ces malades sont devenus de fait des toxicomanes… accros aux opiacés. Dans les seuls USA, ils sont plus de 25 millions. En France l’évolution est identique notamment à partir du moment où un antalgique très prescrit, le Di-Antalvic, a été retiré du marché en 2009. Aujourd’hui des produits qui le remplacent, comme Ixprim, Tramadol ont vu leurs prescriptions passer de 58 millions de boîtes en 2008 à 84 millions en 2017. Ce changement est peut-être un mieux pour certains malades, mais peut-on être sûr des conséquences de ces nouveaux traitements ? En tout cas pour les laboratoires pharmaceutiques ce sont autant de millions d’euros de profits qui se font aux dépens des malades et au prix de leur santé et même de leur vie. L’industrie pharmaceutique n’est-elle pas d’abord une industrie capitaliste ?

Cédric DUVAL