AFPA : suppressions massives d’emplois

24 Octobre 2018

La direction de l’Association nationale de formation professionnelle des adultes, l’AFPA, vient d’annoncer 1 541 suppressions d’emplois d’ici à fin 2020 sur un effectif global de 6 773 personnes en CDI et la fermeture de 38 centres sur un total de 206.

Certes, la même direction annonce la création de quelque 600 postes, mais il n’empêche que plus de 1 500 personnes, chargées en théorie de permettre le retour à l’emploi des chômeurs inscrits à Pôle emploi, risquent de les y rejoindre dans quelques mois. Cela soulève, à juste titre, l’indignation des salariés ainsi menacés par une décision gouvernementale. Car c’est l’État qui assume la direction de cet organisme, même si son statut a été transformé il y a peu.

En réalité, les problèmes des salariés de l’AFPA, comme celui des chômeurs qui pouvaient y être accueillis, remontent à des années en arrière, et les attaques d’aujourd’hui n’en sont que la suite programmée.

L’AFPA, dont les origines remontent à l’immédiat après-guerre, a été formalisée en 1966 en devenant une association nationale chargée, sous la tutelle directe de l’État, d’assurer la formation professionnelle aux adultes qui n’avaient pu en bénéficier. Mais depuis le début de la crise en 1973-1974, elle a pour mission de former les chômeurs, dont le nombre explosait alors, en vue d’ouvrir une autre perspective que la révolte aux salariés licenciés. C’était le pendant de l’indemnisation à 100 % pendant un an accordée aux chômeurs en 1974 par Chirac, comme réponse à la lutte des travailleurs de LIP menacés de licenciement, et qui avaient mis la main sur leur usine et ses stocks en 1973. À noter qu’alors le temps de formation n’était pas pris en charge dans la durée d’indemnisation du chômage, il s’y ajoutait. L’AFPA avait une sorte de monopole public dans ce domaine, avec les GRETA qui dépendaient, eux, de l’Éducation nationale.

Depuis, les temps ont changé. Les gouvernements n’ont plus comme préoccupation d’amortir les effets des débuts du chômage de masse, afin de faire admettre petit à petit qu’il s’installe durablement. Depuis des décennies le chômage est là, ne cesse de progresser, en pesant de plus en plus sur la classe ouvrière. Et pour les gouvernements qui se suivent, le souci est de réattribuer au patronat, petit et grand, les milliards qu’ils avaient mobilisés pour accompagner ce chômage de masse, tout particulièrement, les milliards que l’État consacrait à la formation professionnelle des chômeurs.

En 2012, il y eut déjà une mobilisation massive des salariés des AFPA pour protester contre un plan de démantèlement, accéléré par le gouvernement socialiste Ayrault-Hollande, un plan qui faisait suite à ce qu’on a hypocritement appelé en 2009 : l’ouverture à la concurrence de la formation professionnelle des sans-emploi.

Depuis 2016, le statut de l’AFPA a été transformé en Epic, en établissement semi-privé qui doit équilibrer ses comptes par ses propres activités. Cela devait inéluctablement conduire à la catastrophe car l’État, lui a concédé une multitude de locaux en mauvais état, dont on savait que l’Epic n’aurait pas les moyens d’assumer la charge. Et depuis la fin des années 1990, avec la décentralisation et l’octroi de plus en plus important aux régions de la mission de la formation professionnelle, les milliards ont été largement distribués à une série d’organismes privés, plus ou moins sérieux, ou plus ou moins véreux, selon les accointances qu’ils pouvaient avoir avec tel ou tel notable. Mais sans aucune relation directe avec les besoins réels des chômeurs, à court et à long terme.

Les salariés de l’AFPA, qui ne sont pour rien dans cette situation et sont confrontés à une brutale attaque de leurs emplois, doivent bénéficier du soutien de tous les travailleurs.

Paul SOREL