Pénurie d’antibiotiques : la santé malade du profit

23 Novembre 2022

Après le paracétamol, l’antidouleur le plus fréquemment utilisé, c’est l’amoxicilline, l’un des antibiotiques les plus prescrits en France, qui commence à manquer dans les pharmacies.

« Les pénuries seront réglées dans les semaines, les mois qui viennent », a affirmé le ministre de la Santé, François Braun. Autant dire qu’il n’en sait rien du tout.

La consommation de l’amoxicilline a fortement augmenté cette année, mais elle ne fait que revenir à son niveau d’avant la période du Covid, pendant laquelle l’isolement sanitaire et la multiplication des gestes barrières avaient diminué la propagation de certaines maladies, et donc l’utilisation de cet antibiotique.

Le problème ne vient donc pas d’une demande exceptionnellement forte de ce médicament, mais du fait que les trusts pharmaceutiques n’en produisent pas assez. D’ailleurs, cette situation de pénurie n’est pas nouvelle : dès 2018, il y avait déjà des ruptures de stock de cet antibiotique.

Le cas de l’amoxicilline n’est malheureusement pas une exception. Au contraire, le nombre des pénuries a explosé ces dernières années. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) estime qu’en 2022 elles concerneront 2 200 médicaments, au lieu de 868 en 2018 et 44 en 2008.

Cette situation catastrophique est liée à l’organisation capitaliste de la production en fonction du profit. Les médicaments en rupture sont bien souvent anciens, comme c’est le cas de l’amoxicilline, et ne sont donc plus protégés par les brevets permettant aux laboratoires de les vendre très cher. Comme ils deviennent moins rentables, les capitalistes du secteur ne voient plus l’intérêt de les produire.

En plus, pour maximiser les profits, les laboratoires ont adopté les mêmes méthodes qui prévalent dans l’ensemble de l’économie capitaliste, produisant un médicament sur un nombre minimum d’usines, parfois même une seule. Pour l’amoxicilline, la finition et le conditionnement se font sur trois usines en Europe, dont une en France, située à Mayenne, qui fournit plus de 80 pays. Le moindre grain de sable, l’arrêt pour telle ou telle raison d’une usine pendant quelques jours peut ainsi entraîner une pénurie. D’autant que la production des médicaments, comme dans toute l’industrie, se fait de plus en plus à flux tendu, avec le minimum de stock.

Le gouvernement en est réduit à culpabiliser la population en prétendant que la consommation d’antibiotiques serait trop importante. Il cherche ainsi à masquer son impuissance. Les ruptures de médicaments vont continuer, car elles sont la conséquence inévitable d’une société dans laquelle l’industrie pharmaceutique est dominée par la logique du profit pour une poignée d’actionnaires irresponsables.

Arnaud LOUVET