Saft – Nersac : les empoisonneurs courent toujours

24 Mars 2021

Vendredi 12 mars, 40 salariés et ex-salariés de la Saft de Nersac, en Charente, se sont déplacés à Bordeaux pour assister au procès qu’ils ont engagé contre leur patron pour les avoir exposés au cadmium pendant des années.

Ce métal lourd très toxique est utilisé dans la fabrication de certaines des batteries produites par la Saft, devenue à Nersac Art energy. On connaît sa dangerosité au moins depuis le début des années 1970 : il a des effets toxiques sur les reins, le squelette et l’appareil respiratoire. Il s’absorbe par voies digestives et aériennes et est classé comme cancérogène. Plusieurs centaines travailleurs de la Saft ont manipulé ce produit. Plusieurs d’entre eux ont développé des cancers atteignant les organes vitaux (foie, rein, pancréas) et certains sont décédés.

Les travailleurs de la Saft ont engagé le combat en 2012. Leur patron a utilisé tous les recours juridiques pour ne pas reconnaître sa responsabilité dans l’empoisonnement. En 2016, le tribunal correctionnel d’Angoulême a condamné la Saft et son dirigeant de l’époque à payer une amende de… 10 000 euros, mais ils ont fait appel et obtenu la relaxe. Les salariés ont alors fait un pourvoi en cassation, qui a effectivement cassé l’arrêt de la cour d’appel et renvoyé l’affaire devant une autre cour d’appel. C’est cette audience qui devait se tenir vendredi 12 mars à Bordeaux.

Mais, encore une fois, les avocats de la Saft ont utilisé un élément de procédure et fait une demande de renvoi pour gagner du temps et épuiser financièrement et psychologiquement les salariés. Aucun dirigeant de Nersac ne s’est déplacé et la cour a renvoyé le procès au 2 juillet prochain.

Comme pour l’amiante, les patrons ne reconnaissent jamais leurs responsabilités d’empoisonneurs, même quand les faits sont avérés. Ils ont dans le système économique suffisamment de pouvoir et de moyens pour pouvoir utiliser tous les recours possibles et faire traîner les procès en comptant sur la lassitude des plaignants. Cela n’a pas entamé le moral des travailleurs, qui ont conscience que leur combat sera long.

Correspondant LO