Procès des gilets jaunes : pendant ce temps, la police court toujours

24 Mars 2021

Les poursuites judiciaires ouvertes contre des gilets jaunes n’ouvrent pas toutes sur des procès, mais elles rappellent que l’État est décidé à discréditer un mouvement social qui pendant des mois a défié le gouvernement Macron, afin d’intimider ceux qui seraient prêts à le défier à nouveau.

Le procès contre seize personnes arrêtées samedi 7 décembre 2019, dans une maison louée dans la banlieue de Bordeaux, n’aura pas lieu. Mais il aura fallu attendre le 18 mars pour que la procédure soit stoppée. La police avait procédé à une rafle avant une manifestation de gilets jaunes, après une dénonciation de voisinage. Elle avait trouvé du matériel, présenté comme destiné à fabriquer des explosifs, notamment des lacets de chaussure qui auraient pu servir… à fabriquer des mèches. Présentés comme des black blocs ou des ultra-jaunes, les interpellés étaient accusés de dégradations en réunion et « association de malfaiteurs en vue de commettre des dégradations et violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». La police tenait un groupe quasi terroriste et l’on se dirigeait tout droit vers une nouvelle affaire Tarnac. Mais la procédure s’est effondrée faute de preuves sérieuses et la cour d’appel l’a même jugée illégale.

Le procès des dégradations commises à l’Arc de triomphe le 1er décembre 2018 s’est bien ouvert, lui, le 22 mars. Les dix accusés risquent d’être donnés en pâture à tous les partisans de l’ordre qui réclament vengeance. Certains risquent jusqu’à dix ans de prison. Le tribunal reconnaît que les principaux assaillants du monument n’ont jamais été identifiés. Les seules pièces à charge, trouvées dans les poches ou les sacs des accusés, sont entre autres, 287 cartes postales, cinq boîtes de figurines à l’effigie des monuments de Paris, un Arc de triomphe et trois tour Eiffel miniatures.

Pendant le mouvement des gilets jaunes, les policiers ont été responsables de dizaines de mutilations, de matraquages et de coups en grand nombre, souvent filmés par les journalistes ou les téléphones portables des manifestants. Mais, pour l’instant, aucun procès, aucune poursuite sérieuse ne semble à l’horizon pour violences policières de la part des représentants de « l’ordre ».

Boris SAVIN