Dassault : foire d’empoigne autour d’un avion de combat

24 Mars 2021

Le Rafale, dont l’État français a été pendant 35 ans le principal acheteur, ayant fait son temps, Dassault Aviation s’est lancé vers la construction d’un avion destiné à le remplacer à l’horizon 2040, en coopération avec l’Allemagne et l’Espagne.

Plus qu’un avion, le Scaf est, comme son nom l’indique (Système aérien de combat du futur), un système comprenant entre autres des drones accompagnateurs et différents systèmes informatiques, le tout relié aux moyens militaires engagés dans une opération. Mais, à peine sur les fonts baptismaux, il est l’objet de rivalités entre les capitalistes des groupes industriels des trois pays chargés de le réaliser. L’enjeu en est le partage de son budget colossal, évalué à terme entre 50 et 80 milliards d’euros et réparti à parts égales, le tout étant bien évidemment financé essentiellement avec l’argent public.

Au départ, l’accord politique négocié en 2017 entre Angela Merkel et Emmanuel Macron ne concernait que Dassault et Airbus, chacun ayant 50 % des parts. Mais la venue de l’Espagne en 2018 a changé la donne et Airbus, l’industriel de référence pour l’Allemagne et l’Espagne, remporte de ce fait les deux tiers du gâteau, réduisant ainsi la part de Dassault à 33 %. Ainsi, début mars, on a pu assister à un bras de fer entre les dirigeants des différents groupes industriels des trois pays en charge de réaliser le Scaf, chacun s’efforçant de défendre ses intérêts de boutique.

Qui finira par emporter une plus grosse part dans cette guéguerre entre capitalistes concurrents ? Et, à supposer que Dassault puisse arracher quelques avantages, en quoi les salariés de l’entreprise pourraient-ils en bénéficier, que ce soit pour l’emploi ou les salaires ? L’exemple du Rafale est instructif. Lancé à la fin des années 1980, cet avion était censé assurer l’emploi chez Dassault. De fait, il avait ouvert la voie à une vague de fermetures de sites : Villaroche, Boulogne, Toulouse, Istres. Entre 1987 et 1992, les effectifs ouvriers étaient passés de 6 200 à 3 000, pour atteindre 2 400 fin 2000, en diminution de 60 %. Le nombre total de salariés passait, lui, de 16 000 à 9 000. C’est également durant cette période que les salaires avaient été bloqués pendant plusieurs années.

Les travailleurs dans cette affaire n’ont pas à prendre parti pour leur patron ni à attendre de lui une quelconque garantie concernant l’emploi et les salaires. Cette bagarre ne concerne pas plus les travailleurs de France que ceux d’Espagne ou d’Allemagne, qui ne sont en rien responsables des choix de leurs dirigeants. Dans les trois pays, ils ont au contraire, par-delà les frontières, les mêmes intérêts à défendre de façon solidaire, pour les imposer à leurs patrons et à leurs États respectifs.

Correspondant LO