Cantines d’entreprises : manger seul et... travailler les uns sur les autres

24 Mars 2021

Mardi 23 mars, la dernière décision du gouvernement concernant les cantines d’entreprises a été rendue publique, et doit être mise immédiatement en application. Dans le cadre de la sécurité sanitaire, chaque salarié devrait disposer de 8 m² pour son emplacement de restauration !

Cette injonction, comme beaucoup d’autres, laisse perplexe. Quand on sait ce qui se passe dans les entreprises et la façon dont les salariés sont traités, on peut douter qu’elle conjure vraiment le risque sanitaire.

Par exemple, au centre financier de la Banque postale de Bourseul à Paris, la direction a décidé que, au-delà de ces 8 m² par salarié dans la cantine collective, elle supprimait tous les lieux où les employés pouvaient amener leur repas ou prendre une pause. Bien loin d’offrir des lieux conformes à ces obligations, elle laissait les employés sans solution, provoquant une vive émotion et des protestations de la part du personnel. Car, si des petites protections ont été installées pour le travail, les salariés sont loin de bénéficier de 8 m² d’espace personnel.

Dans bien des usines, chantiers, centres logistiques ou commerciaux, les directions n’ont que faire de mettre en sécurité leurs salariés. Les chaînes tournent aussi vite qu’avant, la maîtrise est sur le dos des ouvriers pour qu’ils triment toujours plus vite et à moins nombreux, et souvent les uns sur les autres. En revanche, si, dans ces conditions intenables, un travailleur oublie de mettre son masque pour respirer un peu, il risque la sanction, voire le licenciement. Le gouvernement n’a en aucune façon mis en demeure les employeurs de faire travailler les salariés dans des locaux et des conditions adaptés.

Alors, non seulement les 8 m² pour manger resteront le plus souvent du domaine de la théorie, mais à quoi serviront-ils si, le reste du temps, une grande partie des salariés, ouvriers en particulier, sont toujours contraints de travailler entassés les uns sur les autres ?

Paul SOREL