Guerre d’Algérie : une vérité bien tardive

10 Mars 2021

Le 2 mars, Emmanuel Macron a déclaré, « au nom de la France », que l’avocat algérien membre du Front de libération nationale (FLN) Ali Boumendjel avait été torturé puis assassiné le 23 mars 1957. Cette reconnaissance très tardive faisait partie des propositions contenues dans le rapport Stora.

La vérité était déjà connue car le général Paul Aussaresses avait reconnu en 2001 avoir défenestré Ali Boumendjel de l’immeuble où il était détenu. Alors que l’armée parlait de suicide, France Observateur titrait déjà en mars 1957 : « Qui a tué Maître Boumendjel ? »

Cet avocat et militant du FNL fut assassiné pendant la bataille d’Alger. Les parachutistes avaient alors reçu les pleins pouvoirs du gouvernement socialiste de Guy Mollet après une vague d’attentats perpétrés par le FLN dans la ville. La préfecture de police d’Alger enregistra 24 000 arrestations, chiffre en dessous de la réalité. Il y eut plus de 3 000 disparus, selon le préfet de police d’Alger, dont celle de Maurice Audin, jeune mathématicien membre du Parti communiste algérien « torturé puis exécuté ou torturé à mort » par les militaires français comme l’a reconnu Macron en septembre 2018. Le cynisme de l’expression « les crevettes Bigeard » – du nom de cet officier parachutiste qui finira ministre sous Giscard d’Estaing – qui désignait les détenus jetés, morts ou vivants, en Méditerranée, dit tout de l’horreur du massacre.

Soixante ans après l’indépendance de l’Algérie, Macron se permet tout au plus une « une politique des petits pas », comme celle qu’a préconisée Stora. La férocité de la répression menée par l’armée française, l’appareil d’État et les gouvernements de l’époque n’est en fait pas dénoncée. Une férocité qui se déploya aussi en Indochine, à Madagascar ou au Cameroun, partout où les gouvernements français ont envoyé des troupes combattre ceux qui aspiraient à l’indépendance. Mais, si Macron se montre aussi parcimonieux dans la dénonciation des crimes de l’armée française en Algérie, malgré le temps passé, n’est-ce pas aussi pour ménager les soudards qui continuent aujourd’hui d’être dressés pour perpétrer des crimes contre des populations civiles, en particulier actuellement au Sahel ?

Boris SAVIN