Enseignes commerciales : hémorragie d’emplois

10 Mars 2021

Depuis le printemps 2020, plusieurs dizaines de grandes enseignes de vente de vêtements, de meubles, de bricolage, de chaînes de restaurants et autres ont été placées en redressement judiciaire. Au cours des mois suivants, elles ont été revendues, morcelées et de nombreux sites ont déjà fermé ou sont en cours de fermeture.

Cette hécatombe traverse bien évidemment les frontières de l’Hexagone et touche l’ensemble des pays où ces groupes disposent de magasins.

Dispersés sur de nombreux sites, les travailleurs de ces enseignes sont parfois regroupés à plus d’une centaine, ou seulement quelques-uns, mais font face à des groupes internationaux. Pour n’en citer que quelques-uns, 55 magasins de chaussures André sur 180 ont été conservés et 188 salariés ont été licenciés. Les magasins de vêtements Camaïeu ont été repris par la Financière immobilière bordelaise, 500 postes étant supprimés au passage. La Halle appartenant à Vivarte a supprimé plus de 2 000 postes. Le groupe Kidiliz, propriété du groupe chinois Semir depuis 2018, a été découpé entre sept groupes et seulement 350 salariés sur 1 500 ont été repris en France. Et les chiffres ne tiennent pas compte des sous-traitants, des travailleurs précaires.

Certains groupes utilisent les fonds publics pour ne même pas payer les conséquences de leurs choix. Après sa mise en redressement judiciaire, Alinea, repris par son propre actionnaire, la famille Mulliez, s’est débarrassé de 17 magasins sur 26, laissant près de mille salariés sur le carreau.

En fait, toutes ces enseignes rencontraient déjà des difficultés, car depuis 2008 la consommation augmente annuellement de 0,5 % au lieu de 2 à 3 % auparavant alors que le nombre d’enseignes s’adressant aux milieux populaires a continué à croître. La pandémie a accéléré cette évolution avec la fermeture des magasins, la baisse des revenus de nombreux salariés, le changement des habitudes de consommation ou la croissance du commerce en ligne.

Ces raisons sont en partie objectives. Elles traduisent la course au profit qui, par le jeu de la concurrence, a conduit à la multiplication des magasins, des zones commerciales alors même que le marché se restreignait. La bataille entre ces groupes se termine par la disparition de certains et le renforcement d’autres et donc une nouvelle concentration du secteur. Mais du côté des travailleurs, elle conduit à l’accroissement de la misère.

Les profits actuels, ou ceux accumulés par les actionnaires pendant les dizaines d’années d’existence de chacune de ces chaînes existent et doivent être utilisés pour maintenir les salaires des travailleurs.

Inès Rabah