Sarkozy condamné : le poids du Bismuth

03 Mars 2021

Trois ans de prison, dont un ferme : c’est la peine à laquelle Nicolas Sarkozy a été condamné dans l’affaire dite Paul Bismuth, nom d’un métal dont l’emploi, comme on le voit, peut avoir des conséquences lourdes.

En 2014, il commençait déjà à être cerné par les affaires judiciaires, deux ans après avoir perdu l’élection présidentielle et son immunité avec. À l’époque, il s’inquiétait particulièrement de son implication dans l’affaire Bettencourt. Cette milliardaire prodiguait ses largesses à une droite à la recherche d’argent pour financer ses campagnes électorales en dehors du cadre légal. Des tentatives de corruption, mal camouflées par l’usage d’un téléphone acheté sous le pseudonyme de Paul Bismuth, auraient été faites en direction d’un magistrat de la Cour de cassation. En échange d’informations sur le dossier Bettencourt, et peut-être de l’annulation d’une partie de la procédure, celui-ci espérait un coup de pouce pour être nommé à un poste de prestige à Monaco.

Le tribunal correctionnel a ainsi condamné l’ancien président, avocat lui-même, et son avocat personnel, pour corruption active et trafic d’influence, et le magistrat pour corruption passive. Sarkozy a fait appel. En tout cas l’affaire met en lumière la conception de la justice de ces trois professionnels du droit.

Cette condamnation a provoqué de vives réactions du large clan sarkozyste au sein de la droite française. Christian Jacob, actuel président du parti Les Républicains, a dénoncé une « décision totalement disproportionnée » et un « acharnement judiciaire ». Ne craignant pas le ridicule, il a été jusqu’à dire que « Personne ne peut douter de l’innocence de Nicolas Sarkozy. » Bruno Retailleau, chef du groupe LR majoritaire au Sénat, a qualifié la condamnation d’« extrêmement dure » .

Tout ce petit monde est plutôt de ceux qui habituellement dénoncent le « laxisme » des juges. Sarkozy a lui-même construit sa carrière politique en dénonçant un prétendu laxisme de la justice, appelant à redoubler de sévérité au nom de la tolérance zéro envers la délinquance. Évidemment, la cible de cette démagogie électorale n’était pas sa propre délinquance en col blanc. Mais la justice ne doit-elle pas être la même pour tous ?

Cette affaire Bismuth va vite laisser la place à une autre : l’affaire Bygmalion, dans laquelle Sarkozy sera très bientôt jugé pour le financement illégal de sa campagne électorale. Ceux qui, à droite, espéraient que Sarkozy pourrait redevenir un cheval gagnant pour la présidentielle de l’an prochain vont devoir se passer de lui.

En revanche, cette perspective ne peut que réjouir ceux qui voudraient tenir le premier rôle à droite en 2022 : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier, qui se sont bien gardés de critiquer le jugement du tribunal correctionnel. Sarkozy accumulant les casseroles judiciaires, ces barons de la droite évitent de rappeler qu’ils ont tous été ses ministres et qu’ils sont tous issus du même moule affairiste façonné en leur temps par Chirac et Pasqua, et pas vraiment soucieux de leur propre légalité.

Lucien DÉTROIT