Rouen : Lubrizol, un an après

30 Septembre 2020

Un an après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, un millier de personnes ont manifesté en ville samedi 26 septembre, aux cris de « Qu’est-ce qu’on veut ?... la vérité ! », « Lubrizol coupable, État complice », ou encore « Pollueurs payeurs, État menteur ».

Le 26 septembre 2019, 9 500 tonnes de produits chimiques étaient parties en fumée, créant un nuage de pollution sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. De nombreux habitants avaient souffert de maux de tête et de problèmes respiratoires, et des récoltes avaient été détruites. Les fûts qui avaient brûlé appartenaient à l’usine Lubrizol, classée Seveso seuil haut, et à l’entreprise voisine Normandie Logistique. L’usine a repris son activité le 13 décembre. Lubrizol, qui fait 6,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, et appartient au groupe financier du multimilliardaire Warren Buffet, a indemnisé une partie des agriculteurs… moyennant un engagement à ne pas porter plainte. Un an après l’incendie, la liste des produits qui ont brûlé n’est toujours pas disponible et les conséquences sanitaires sont donc toujours inconnues. On sait en revanche qu’il a fallu le sang-froid des ouvriers pour évacuer au cours de l’incendie des fûts toxiques dont la combustion aurait eu des conséquences catastrophiques.

Les manifestants ont exprimé leur crainte de voir un tel accident se reproduire, ainsi que leur colère contre des industriels qui font passer leurs profits avant la sécurité des travailleurs et des riverains. Colère aussi contre l’État qui a minimisé les retombées et maintient l’opacité sur les circonstances de l’incendie. Lors des prises de parole, la plupart des intervenants (CGT, La France insoumise…) ont surtout réclamé une meilleure intervention de l’État. Bien au-delà des seuls sites Seveso, il est en effet dangereux de laisser les actionnaires décider de ce qui est fait et comment, dans les domaines de la chimie, de l’énergie, de la santé, des transports, de l’agro-alimentaire, etc. Mais la population de Rouen n’a aucune raison de se fier aux autorités pour garantir sa sécurité.

L’État ne protège pas les habitants des capitalistes, car il est non seulement leur complice, comme le disaient les manifestants, mais leur serviteur zélé. Il n’est pas acceptable que des activités aussi dangereuses que la chimie et la pétrochimie continuent d’être soumises au choix de dirigeants seulement guidés par la recherche de profits, qu’il s’agisse de ceux des entreprises privées ou de ceux de l’État qui les couvre. Les travailleurs et la population doivent pouvoir contrôler eux-mêmes les conditions dans lesquelles se font ces activités.

Correspondant LO