Mali : changer les têtes pour que rien ne change

30 Septembre 2020

Les militaires qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août ont désormais achevé la mise en place d’institutions censées diriger le Mali pendant dix-huit mois, jusqu’à l’élection d’un nouveau président.

La France et les chefs d’État des pays voisins du Mali exigeaient que le président ne soit pas un militaire. En guise de civil, les putschistes ont nommé à la présidence un militaire à la retraite, l’ancien colonel Ba N’Dao, qui fut aide de camp du dictateur Moussa Traoré, puis chef d’état-major de l’armée de l’air et plus récemment ministre de la Défense sous Ibrahim Boubacar Keïta. Le vice-président sera le chef du coup d’État en personne, le colonel Assimi Goïta, qui restera chargé directement des questions de défense et de sécurité. Enfin, pour rassurer les institutions internationales, c’est l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Ibrahim Boubacar Keïta, Moctar Ouane, qui a été nommé Premier ministre et doit constituer le gouvernement.

Les militaires gardent ainsi le pouvoir. Même s’ils semblent jouir d’une certaine popularité pour avoir renversé un président détesté, les travailleurs et les couches populaires maliens auraient bien tort de se fier à eux. Depuis des mois les manifestations se multipliaient contre la corruption, les violences de la police et de l’armée, contre l’incapacité du régime à assurer les services publics de base, santé, éducation, transports. Pourtant ce n’est pas à la population pauvre que les militaires ont tenu à donner des gages, mais d’abord à l’impérialisme français, en l’assurant que les engagements internationaux du Mali seraient tenus. Le droit pour l’impérialisme français de piller les ressources du pays et pour l’armée française d’y faire ce qu’elle veut reste garanti. Quant à la corruption, c’est dans le vivier de spécialistes en la matière que le nouveau régime est allé puiser : anciens ministres, anciens militaires.

C’est donc désormais l’habituelle comédie de la transition qui va se jouer au Mali, comme au Burkina-Faso après la chute du dictateur Blaise Compaoré, ou au Mali déjà en 2012, après le renversement du président Amadou Toumani Touré, remplacé sous l’égide de la France par Ibrahim Boubacar Keïta, lequel s’est rapidement avéré tout aussi corrompu. Les hommes de l’impérialisme français vont se charger de chapeauter le processus, directement ou par l’intermédiaire de leurs obligés à la tête des pays africains.

Pour en finir avec les maux contre lesquels ils manifestaient avant le renversement d’Ibrahim Boubacar Keita, les travailleurs maliens ne peuvent vraiment compter que sur eux-mêmes. Pour eux, rien n’a changé avec le nouveau régime.

Daniel MESCLA