Journalistes : l’information en liberté conditionnelle

30 Septembre 2020

Le Syndicat national des journalistes et la Ligue des droits de l’homme ont déposé le 26 septembre un référé contre le nouveau Schéma national du maintien de l’ordre, publié par le ministère de l’Intérieur et destiné aux forces de répression.

Ce document, dont le projet avait été initié par Castaner suite aux manifestations des gilets jaunes, a été affiné et rendu public le 17 septembre par son successeur, Darmanin. Il devrait paraît-il permettre « une meilleure prise en compte de la présence des journalistes au sein des opérations de maintien de l’ordre », notamment au cours de manifestations. Mais, en fait de prise en compte de leur présence, la volonté du ministère est plutôt d’éjecter les journalistes des manifestations, ou du moins de les museler, pour les empêcher de dévoiler les dérapages et les violences contre les manifestants.

Ainsi, le texte demande aux journalistes d’être « titulaires d’une carte de presse et accrédités auprès des autorités », ce qui n’a rien d’obligatoire selon le Code du travail. Il leur rappelle aussi que « le fait de se maintenir dans un attroupement après sommation ne comporte aucune exception ». N’avoir aucun témoin susceptible de diffuser largement les exactions policières, qui ont souvent lieu en fin de manifestation, voilà qui serait bien commode pour masquer le rôle répressif que les autorités attendent des forces faussement appelées « de l’ordre », lors des mouvements sociaux.

Pour le gouvernement, tous les journalistes devraient uniquement être les faire-valoir de leurs maîtres, assis au chaud dans les rouages du pouvoir. Et, pour ceux qui s’entêtent à vouloir dévoiler les violences policières, la réponse du ministre de l’Intérieur est : « Circulez, y’a rien à voir. »

Marianne LAMIRAL