Sanofi : relocaliser… à condition d’y gagner

22 Avril 2020

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV le 20 avril, Olivier Bogillot, PDG de Sanofi France, a annoncé un don de 100 millions d’euros aux hôpitaux publics et aux Ehpad au nom de « l’effort national ». Il s’est ensuite livré à un long plaidoyer en faveur d’une relocalisation de la production des médicaments en Europe… avec l’aide de l’État.

Si le don de 100 millions d’euros peut sembler généreux, il n’est qu’un prêté pour un rendu, tant Sanofi prospère grâce aux hôpitaux et à la Sécurité sociale. « Plus de 80 % du chiffre d’affaires de Sanofi proviennent de la Sécu » selon Bogillot lui-même. D’ailleurs, pour ce représentant d’une entreprise qui réalise environ sept milliards d’euros de profits par an, si les laboratoires pharmaceutiques ont été obligés de délocaliser leur production primaire en Inde ou en Chine, c’est de la faute de l’État, car celui-ci fait pression pour réduire le prix de vente des médicaments. Sans surprise, Bogillot réclame un bonus sur le prix de chaque boîte « made in France » ou « made in UE ».

Sanofi, opportuniste et bon metteur en scène, a annoncé au tout début de la crise du coronavirus, fin février, une relocalisation de sa production en Europe avec la création « d’un leader européen des principes actifs ». Un article du Canard enchaîné du 8 avril a révélé les dessous de cette opération. Contrairement à ses principaux concurrents, Sanofi n’a en fait délocalisé qu’environ 10 % de sa production primaire, celle des principes actifs. Celle-ci est produite dans onze usines réparties dans toute l’Europe. La nouvelle entité en regrouperait six, dans cinq pays et deviendrait une filiale dans laquelle Sanofi ne conserverait que 30 % du capital. Une part importante de celui-ci serait apporté par la BPI, la Banque publique d’investissement, autrement dit par l’État. En outre, Sanofi ne s’engagerait à se fournir auprès de cette nouvelle filiale que pendant cinq ans.

Pour résumer, sous couvert de relocaliser sa production primaire, Sanofi se débarrasse d’usines non délocalisées, moins rentables que celles du secteur des biotechnologies privilégiées par les grands laboratoires, avec un financement public. Pire, il prépare la voie à une dégradation des conditions de travail, et à des suppressions d’emplois et des fermetures d’usines comme en subissent régulièrement les sous-traitants. Faire payer aux salariés, aux usagers et à l’État les coûts de relocalisations, réelles ou fictives, en profitant de la crise sanitaire actuelle, c’est le programme auquel se préparent de nombreux capitalistes.

Xavier LACHAU