Pétrole : une guerre avec la peau des peuples

22 Avril 2020

Le cours du baril de pétrole a poursuivi sa dégringolade lundi 20 avril à la bourse de New York. Sur certains contrats spécifiques, il a plongé jusqu’à - 37 dollars (- 34 euros), ce qui signifie que certains spéculateurs étaient prêts à payer pour se débarrasser de stocks de pétrole dans un marché saturé !

Cette situation est la conséquence immédiate de l’effondrement de la demande provoquée par l’arrêt de pans entiers de l’économie mondiale à la suite des mesures de confinement. La surproduction a atteint un tel niveau que les capacités de stockage sont devenues insuffisantes. Des supertankers normalement destinés à transporter le pétrole sont transformés en entrepôts flottants. Depuis début mars, le coût de la location d’un de ces navires est passé de 30 000 à 150 000 dollars par jour ! Des producteurs sont contraints de payer des acheteurs pour qu’ils les débarrassent de leur pétrole. C’est ainsi que, dans le Wyoming aux États-Unis, on a abouti à des prix négatifs du pétrole.

Cette situation a été aggravée par la guerre des prix déclenchée par les principaux États producteurs de pétrole. En effet, depuis 2016, l’OPEP, le cartel des pays pétroliers dominé par l’Arabie saoudite, et la Russie s’étaient entendus pour limiter leur production et maintenir ainsi des cours élevés dans un contexte économique déjà difficile. Mais, au début du mois de mars, cette alliance a volé en éclats quand la Russie a annoncé son intention d’augmenter sa production. En prenant une telle décision, Poutine visait surtout les producteurs américains de pétrole de schiste qui, eux, n’avaient jamais accepté la moindre limitation et pouvaient de ce fait prendre allègrement des parts de marché à leur concurrents. En réaction, l’Arabie saoudite a annoncé à son tour qu’elle augmentait sa production de barils, provoquant un effondrement spectaculaire des cours mondiaux du pétrole.

Dans un premier temps Trump a fortement incité son allié saoudien à se lancer dans cette guerre commerciale pour contrer la Russie, se réjouissant même des effets positifs de la baisse des prix pour les consommateurs. Sous la pression des compagnies pétrolières américaines qui, elles, ne se réjouissaient pas du tout de voir fondre leurs profits, Trump a totalement changé de langage, déclarant le 3 avril qu’il était déterminé à enrayer la baisse des cours.

Ce retournement a permis la conclusion d’un accord le 9 avril entre la Russie et l’Arabie saoudite visant à baisser la production de 10 millions de barils par jour à partir du premier mai. Sans précédent dans l’histoire de l’OPEP, cette réduction n’a pas permis jusque-là d’empêcher la baisse des prix de se poursuivre.

Au-delà de la rivalité entre les trois géants de l’or noir, les conséquences sont surtout dramatiques pour bien d’autres pays producteurs, comme le Mexique, l’Algérie ou le Nigéria, entraînant déjà la faillite et la fermeture de puits, l’arrêt des investissements et un effondrement des recettes de ces États. Pour leurs peuples, cela signifie déjà des mesures drastiques d’austérité. Et pour l’ensemble de la planète, cela marque une aggravation de la crise dans laquelle s’enfonce l’économie capitaliste.

Christian BERNAC