Mexique : la pandémie frappe fort les travailleurs

22 Avril 2020

C’est seulement le 30 mars dernier que le gouvernement mexicain a décrété l’état d’urgence sanitaire et annoncé l’arrêt de la production dans les secteurs non-essentiels.

Comme dans bien d’autres pays, des patrons ont refusé d’arrêter la production et obligent des dizaines de milliers de travailleurs à produire dans des conditions dangereuses.

Et c’est dans le secteur des « maquiladoras » que l’exploitation est la plus poussée. Ces usines, situées à la frontière avec les États-Unis, sont depuis toujours des zones de non-droit. Une grande partie de leurs activités sont de la sous-traitance pour l’industrie nord-américaine et particulièrement l’industrie automobile pour qui elles fabriquent des pièces détachées.

Ces usines sont devenues un important foyer de contamination où les travailleurs, très souvent des femmes, sont mises en danger. Car, bien entendu, aucune mesure d’hygiène n’a été prise : pas de gants, pas de masques, pas de gel, pas de distanciation sociale. Quant aux services médicaux de ces usines, quand ils existent, ils sont complices du patronat et assurent qu’il n’y a aucun danger. À tel point que, d’après le ministre de la Santé, les États du nord du pays devraient être les plus touchés par la pandémie.

Il faut ajouter que le décret du gouvernement énumérant les activités utiles ou pas a joué son rôle, tant il est ambigu, permettant ainsi à des activités non essentielles de se poursuivre. De plus, les autorités locales interprètent le décret en fonction des pressions qu’ils subissent de la part des industriels.

Cependant des travailleuses et des travailleurs de plusieurs usines ont protesté contre cette situation. Quelques grèves ont même eu lieu.

Au début de la pandémie, le gouvernement mexicain avait affiché une attitude désinvolte. Le président de centre-gauche Lopez Obrador, en tête, minimisait les risques et continuait ses tournées de poignées de mains. Les médias montraient le métro de Mexico, l’un des plus bondés du monde, où les usagers continuaient de s’entasser malgré les risques. À partir du 27 février, et du premier mort, il est devenu clair que le Mexique n’échapperait pas à la pandémie, mais il a fallu encore un mois pour que le gouvernement réagisse.

Au 13 avril dernier, on dénombrait officiellement déjà plus de 5 000 morts, un chiffre vraisemblablement sous-estimé. Et maintenant, là où les activités économiques se sont poursuivies, y compris dans des secteurs plus protégés comme les médias, on commence à compter les malades du covid.

Le gouvernement mexicain est soumis depuis toujours aux pressions économiques de son puissant voisin du nord. Lopez Obrador avait promis de ne pas faire comme ses prédécesseurs. Mais on l’a vu céder dans la crise des migrants et confirmer l’aide de la police mexicaine au gouvernement américain dans la chasse aux migrants. Dans la crise sanitaire en cours, il s’est comporté comme tous les gouvernements de cette planète, plus sensibles à la pression économique du patronat qu’au sort de leur peuple.

Jacques FONTENOY