Golfe arabo-persique : les migrants sous la menace du Covid-19 et des monarchies pétrolières

22 Avril 2020

L’économie des pays du golfe Persique repose, à des degrés divers, sur l’exploitation féroce des travailleurs immigrés. Ils seraient au moins 20 millions, originaires du sous-continent indien ou d’Afrique de l’Est. Dans certains secteurs, comme le bâtiment et les emplois domestiques, ils représentent la quasi-totalité de la main-d’œuvre. Avec la crise causée par la pandémie, leur condition s’est encore aggravée.

C’est le cas au Qatar, un État de 250 000 citoyens dont le bien-être repose sur l’exploitation d’environ deux millions de migrants. D’après Amnesty International, mi-mars, à Doha, des migrants ont été arrêtés par la police, au prétexte d’être dépistés du Covid-19. En guise de prise en charge, ils ont été conduits vers des centres de détention où ils ont été maintenus dans des conditions abominables pendant plusieurs jours, avant d’être expulsés vers le Népal. La grande majorité d’entre eux n’ont même pas pu se faire verser leurs arriérés de salaire.

En même temps, malgré les risques sanitaires, les chantiers de la Coupe du monde de football 2022 prévue au Qatar continuent. Le pays a recensé plus de 6 000 cas de contamination, mais les ouvriers migrants tendent à taire leurs symptômes, par crainte d’être expulsés.

En Arabie saoudite, les migrants représentent les trois quarts de la main-d’œuvre du secteur privé. Le pays compte notamment 200 000 Éthiopiens, surtout des femmes, qui ont souvent marché plusieurs milliers de kilomètres pour gagner le pays et travaillent comme domestiques. 3 000 Éthiopiens, accusés d’être porteurs du virus, ont été expulsés vers Addis-Abeba dans des avions bondés, et ceux qui restent redoutent des déportations plus massives. L’Arabie saoudite compte plus de 100 morts du Covid-19, et les expulsions menacent d’aggraver l’épidémie en Éthiopie, un pays pauvre de plus de 100 millions d’habitants, où elle est encore limitée.

Les conditions de vie et de travail inhumaines de ces millions de migrants sont anciennes dans les pays du Golfe. Avec la pandémie, elles prennent un tour encore plus dramatique.

Michel BONDELET