Ehpad : mortelle rentabilité

22 Avril 2020
Dimanche 19 avril, l’annonce par le Premier ministre de la possibilité de visiter à nouveau les personnes âgées en Ehpad a suscité l’espoir des résidents et de leurs proches de rompre un isolement moralement douloureux.

Mais pour que l’espoir se concrétise, il faut que les Ehpad disposent des conditions matérielles permettant d’organiser les visites en respectant les mesures de sécurité indispensables. En l’absence de tests, d’équipements de protection et de moyens, il faudra sans doute du temps avant que tous les pensionnaires puissent échapper au confinement total, seule façon de prévenir la contagion.

Cette scandaleuse pénurie de moyens s’ajoute à des conditions préexistantes déjà catastrophiques. Qu’ils soient publics, privés à but non lucratif ou privés à but commercial, les Ehpad accueillent près de 725 000 résidents dont s’occupent 250 000 travailleurs. Dans le public comme dans le privé, la recherche de rentabilité passe avant les conditions de vie des résidents et les conditions de travail et les payes du personnel. Ces dernières années, les travailleuses des Ehpad ont témoigné dans leurs mobilisations des conditions dans lesquel les el les travaillaient, qualifiant elles-mêmes la situation de « maltraitance institutionnelle ».

I l y a longtemps que l’État se décharge vers le privé de la prise en charge des personnes âgées dépendantes, tout en le finançant. Les résultats 2019 des deux géants du secteur privé, Korian et Orpéa, ont été connus au début de la pandémie, confirmant les perspectives de profit. Korian, détenu à 29,5 % par Predica (filiale assurance vie du Crédit agricole) et Malakoff Médéric Assurances, affiche 3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’année, en progression de 8,3 %. Orpéa, qui appartient en partie au plus grand fonds de pension canadien, affiche un chiffre d’affaires annuel du même ordre et son résultat net consolidé est en hausse de 11 %. Aux tarifs élevés demandés aux résidents et aux payes et moyens minables octroyés aux travailleurs s’ajoute l’aubaine du financement public qui paie une bonne partie des salaires. Cela contribue à faire de la vieillesse un « bon produit
d’investissement » comme le constatait avec cynisme la presse économique devant ces résultats.

S’occuper de personnes âgées pour rendre leur fin de vie supportable et digne, devrait être un devoir pour la société et non un « marché de l’or gris ». C’est déjà incompatible en temps « normal », sans épidémie. Avec elle, cela devient un scandale révoltant.

Nadia CANTALE