Vente d’armes : le client est roi

27 Février 2019

Le gouvernement français vient de demander à l’Allemagne d’assouplir sa décision de geler les exportations d’armes en Arabie saoudite.

Le ministre des Affaires étrangères allemand avait annoncé cette décision en octobre 2018, suite à l’assassinat du journaliste saoudien Khashoggi en Turquie, dans le contexte de la guerre conduite par l’Arabie saoudite au Yémen, où des armes, des bombes et des avions de fabrication européenne sont utilisés.

Macron avait répliqué en traitant cette décision du gouvernement allemand de pure démagogie, ce qui est en partie vrai. Tout d’abord parce que le ministre des Affaires étrangères allemand est social-démocrate, au sein d’un gouvernement de coalition avec les conservateurs. Il cherche à regagner une popularité pour son parti et à se distinguer de la droite. D’autre part, l’Allemagne est devenue le cinquième exportateur d’armes et une partie au moins sont destinées aux pays du Moyen-Orient. Certaines sont utilisées par exemple dans la guerre de l’armée turque contre les Kurdes. De plus la position du gouvernement n’implique pas que les fabricants allemands perdent des contrats, car ils peuvent continuer à vendre en se servant de leurs filiales à l’étranger. Mais néanmoins justifier les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, dictature criminelle qui assassine le Yémen, relève d’un cynisme certain de la part du gouvernement français.

Mais l’Arabie saoudite est le deuxième plus gros client des marchands de canons français. La destruction d’un pays ne pèse pas devant des contrats de plusieurs milliards pour les capitalistes de l’armement.

Au côté de la France, l’Espagne et le Royaume-Uni agissent pour continuer les ventes à l’Arabie saoudite. Le directeur de l’exécutif d’Airbus, qui produit certains avions et hélicoptères de combat pour l’Arabie saoudite, comme d’autres industriels, fulmine car les différentes sociétés concernées ont besoin de pièces produites en Allemagne pour pouvoir achever la production. Ainsi le gouvernement britannique accuse son homologue allemand de manquer de loyauté.

À ce tableau s’ajoutent les projets de collaboration européenne pour la défense, projets mis à mal par la position allemande. Bruno Le Maire l’exprime directement : « Il ne sert à rien de produire des armes par le biais d’une collaboration entre la France et l’Allemagne si nous ne sommes pas prêts à exporter. »

La logique commerciale est implacable, même lorsqu’il s’agit d’assassiner des populations entières.

Inès Rabah