Impôt pour tous : le mépris social dégouline

27 Février 2019

Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, a déclaré le 24 février au Journal du dimanche que « chacun devrait contribuer à l’impôt sur le revenu à la hauteur de ses moyens [...] y compris les plus modestes, même un euro ».

Si elle a été démentie par Édouard Philippe, qui ne veut surtout pas de vagues en plein grand débat et alors que les gilets jaunes continuent de manifester, Gourault reprenait une idée déjà lancée en décembre dernier par une députée LREM. Avant elles, Le Maire, Fillon et d’autres politiciens avaient, eux-aussi, réclamé que « tous les Français sans exception paient l’impôt ». Pour ces gens-là, bourgeois bien pensants aux comptes bancaires bien garnis, faire payer à tous un impôt sur le revenu « même symbolique » serait un moyen « de rétablir le sens de l’impôt » ou de « recréer du lien civique ». Il faut un mépris de classe sans limite vis-à-vis des plus modestes pour oser formuler une telle proposition.

D’abord même les plus pauvres paient des impôts. Ils paient la TVA, y compris quand ils achètent de la nourriture ou quand ils paient leur électricité ou leur gaz. La TVA représente la moitié des recettes fiscales de l’État. Tous les salariés, et une grande partie des retraités, paient encore la CSG, deuxième impôt avec 100 milliards d’euros par an. Ces impôts, parce qu’ils ont un taux uniforme, parce que les classes populaires n’ont aucun moyen d’y échapper, sont les plus injustes. Faire semblant d’ignorer cette réalité en stigmatisant les pauvres « qui ne paient pas d’impôt », est une première ignominie.

Mais le mépris social des Gourault, Le Maire, Philippe ou Macron est encore plus profond. Pour eux les pauvres sont toujours des grands enfants pour qui on « dépense un pognon de dingue » mais « qui déconnent » et qu’il faut donc éduquer et dresser. Il y a quelques jours, Édouard Philippe s’était dit favorable à la mise en place de « contreparties, d’activités d’intérêt général » en échange des aides sociales comme le RSA. Il a immédiatement trouvé le soutien de Wauquiez, président de LR et de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui a fait de la lutte contre « l’assistanat » l’un de ses fonds de commerce. Wauquiez a proposé que sa région soit pilote pour imposer aux bénéficiaires du RSA de travailler dans des maisons de retraite ou d’entretenir des espaces verts. Encore un effort et ces gens-là proposeront d’enfermer les pauvres exclus d’un emploi salarié à cause des licenciements dans des « maisons de travail » comme dans la Grande-Bretagne des 18° et 19° siècle !

À l’inverse, ces représentants des riches et du grand patronat ne trouvent jamais que l’État verse trop d’aides aux entreprises, même quand toutes les études démontrent que ces subventions, comme le CICE à 40 milliards cette année, ne créent pas le moindre emploi. Aucun capitaliste n’a été contraint de rembourser les aides publiques même après qu’il a froidement décidé de fermer une usine en jetant des centaines ou des milliers de travailleurs à Pôle emploi. Face au refus de Ford de vendre son usine de Blanquefort à un repreneur, le ministre Le Maire crie à la trahison mais il se couche.

Serviles devant les puissants, débordant de mépris à l’égard des travailleurs et des plus pauvres, tous ces politiciens sont bien à l’image de la classe de privilégiés dont ils défendent les intérêts.

Xavier LACHAU