Violences conjugales : la justice accuse les victimes

09 Janvier 2019

Une femme devenue paraplégique à la suite d’une défenestration par son conjoint a été jugée partiellement responsable par le Fonds de garantie des victimes (FGTI). Alors que l’indemnisation devant lui être attribuée était de 90 000 euros, somme largement insuffisante pour lui permettre de faire face à son handicap, elle ne doit donc recevoir que 67 500 euros. Cette décision du Fonds a été confirmée par les juges de la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi).

L’affaire commence en 2013 au Mans, quand la police intervenant au domicile de la jeune femme, suite à une altercation entre son conjoint violent et une tierce personne, la trouve alors avec un coquart à l’œil. Les policiers ne placent pas l’homme en garde à vue mais conseillent à la femme de quitter le domicile conjugal. La loi prévoit pourtant que la victime de violence conjugale puisse garder le domicile, si la police impose au conjoint violent de le quitter. Mais dans les faits, c’est souvent à la femme de trouver un autre domicile ou un hébergement d’urgence.

Les policiers accompagnent donc la femme à la gare et la laissent là. Elle veut se rendre chez ses parents mais ne trouve ni train ni bus et ses amis ne répondent pas au téléphone, elle se tourne en vain vers le 115. Elle est donc contrainte de rentrer chez elle pour ne pas passer la nuit dehors. C’est à ce moment que son conjoint la défenestre du deuxième étage, avec pour conséquence la paralysie à vie.

Les assurances comme la justice ont maintenant l’audace de prétendre que cette femme est partiellement responsable de ce qui lui est arrivé... puisqu’elle est rentrée chez elle. Elles lui reprochent de ne pas avoir trouvé de solution alors que personne ne lui venait en aide. En clair, elles laissent entendre qu’une femme victime de violences conjugales et qui n’a pas réussi à se défendre doit être considérée comme un peu responsable de ce qui lui est arrivé.

Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, a estimé que c’était « profondément choquant et incompréhensible ». Elle affirme que cette décision va à « l’encontre de tout le travail de conviction que nous menons pour convaincre qu’une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit ». Comme d’habitude, Marlène Schiappa a l’indignation facile et voudrait faire oublier que dans les faits, son ministère diminue les subventions aux associations féministes. Celles-ci ont baissé en moyenne de 25 %. Loin de développer les foyers d’accueil pour femmes victimes de violences, cette politique menace ces centres.

L’indignation ne coûte pas cher. En tout cas, à ce jour, le Fonds d’indemnisation n’a toujours pas payé le moindre centime à la victime !

Aline URBAIN