Mexique : les migrants, un enjeu pour les politiciens et pour Trump

09 Janvier 2019

Le Mexique est depuis longtemps confronté à la volonté des États-Unis de combattre l’immigration clandestine, à commencer par celle des Mexicains eux-mêmes qui, en s’exilant, vident des villes et des régions entières de leurs forces vives.

Cette année, ce sont des caravanes de plusieurs milliers de personnes venues du Honduras, du Guatemala ou du Salvador, dont de nombreuses femmes avec leurs enfants, qui ont traversé le Mexique en s’affrontant aux forces de police de plusieurs États pour aboutir dans les villes frontalières, dont Tijuana. Le gouvernement mexicain est maintenant soumis aux pressions des États-Unis alors que son économie est très fortement dépendante des échanges avec ceux-ci.

Sommé depuis plusieurs mois par Trump de stopper les migrants, le gouvernement mexicain a tenté de les convaincre de s’installer au sud du pays dans des régions sous-peuplées et peu développées.

Mais la plupart n’ont pas abandonné leur objectif et se sont retrouvés face au mur de 1 200 kilomètres quasi infranchissable que Trump rêve de prolonger sur toute la longueur de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Depuis qu’il a pris ses fonctions de président le 1er décembre, c’est un ex-maire de Mexico, chef du parti Mouvement pour la renaissance nationale (Morena), Andrès Manuel Lopez Obrador, appelé familièrement Amlo, qui fait face à cette crise. Il a fait campagne contre les inégalités, la corruption, le crime organisé liés entre autres au commerce de la drogue vers les États-Unis. Il a gagné une certaine popularité par ses mesures prises en faveur des plus pauvres à Mexico et son slogan de campagne « D’abord les pauvres », alors que 50 millions de Mexicains vivent en dessous du seuil de pauvreté. Amlo ne veut pas pour autant toucher aux intérêts des riches, ni s’opposer à son riche voisin pour lequel la classe ouvrière mexicaine se fait exploiter.

Un geste symbolique de ce nouveau gouvernement a été de réduire le train de vie de la présidence. Il a aussi pris des mesures en faveur des retraités les plus pauvres, ainsi que des jeunes, en attribuant des bourses aux étudiants et aux jeunes adultes sur le marché du travail. Il a aussi annoncé un plan d’investissement afin que l’économie mexicaine soit moins dépendante des États-Unis et affirmé sa volonté d’aider au développement du reste de l’Amérique centrale.

Sur la question des migrants, à l’issue de tractations entre les autorités mexicaines et américaines qui n’ont pas été rendues publiques, Amlo s’est engagé à les prendre en charge en les bloquant à la frontière et en répondant à l’exigence de Trump d’accueillir, jusqu’à l’obtention de leur statut de réfugié, ceux ayant réussi à passer et à déposer une demande d’asile aux États-Unis.

Le gouvernement mexicain est aussi sous la pression de la propagande distillée par ses ennemis politiques, dont le maire conservateur de Tijuana, la ville frontière avec les États-Unis. À la fois pour imposer des financements au gouvernement fédéral et pour soigner sa popularité, celui-ci a multiplié les déclarations antimigrants, déclarant par exemple : « Les droits de l’homme sont réservés aux hommes droits. » S’appuyant sur la situation intenable découlant d’un afflux de 7 000 réfugiés dont une grande partie vit dans la rue, il a suscité il y a quelques semaines une manifestation de quelques centaines d’habitants contre les migrants.

Dans un monde capitaliste où les désordres économiques, écologiques se multiplient et s’aggravent, les migrations sont et seront de plus en plus importantes, y compris dans les pays les plus pauvres en direction d’autres, à peine mieux lotis, soumis à la même violence de l’impérialisme.

Trump dénonce les migrants venus du Mexique et des autres pays latino-américains et s’en sert comme d’un épouvantail pour faire peur aux travailleurs des États-Unis et se présenter comme leur défenseur.

Le pire pour lui serait que les travailleurs de tout le continent s’unissent autour de leurs intérêts communs contre les grands groupes capitalistes qui le pillent.

Inès Rabah