Japon : à Fukushima, des risques pris pour le profit

09 Janvier 2019

Suite à la catastrophe nucléaire provoquée par le séisme et les vagues géantes du tsunami de mars 2011 à Fukushima, le PDG de 2002 à 2012 de la société d’électricité Tepco, qui gérait la centrale nucléaire, et deux anciens vice-présidents sont enfin poursuivis par la justice, accusés de « négligence ayant entraîné la mort ».

Ces dirigeants ont en effet sciemment refusé de renforcer les protections de Fukushima par souci d’économies budgétaires.

Alors que les risques de tsunami étaient avérés, un des dirigeants aurait demandé d’oublier les études du gouvernement datant de 2002, mentionnant le risque de vagues de 15 mètres de haut représentant un danger pour la centrale.

Au tribunal d’instance de Tokyo, le procureur a déclaré : « Il était simple de protéger l’usine contre les tsunamis, mais ils ont continué à la faire tourner avec négligence. Et cela a conduit à la mort de beaucoup de gens. »

C’est vrai que Tepco a économisé sur l’entretien de la sécurité des centrales pendant des années, dissimulé des incidents, falsifié des rapports pour assurer à ses actionnaires un maximum de profits. Actionnaires qui ne sont en aucun cas mis en cause ou accusés par la justice.

Il a fallu attendre des années pour que le procès de ces responsables ait lieu au pénal. Jusqu’en 2016, le parquet avait rejeté la plainte, estimant que Tepco ne pouvait prévoir l’ampleur du séisme et du tsunami.

De même, le gouvernement a toujours soutenu le trust, notamment par des investissements de plusieurs milliards d’euros.

Quant aux accusés, ils nient toute responsabilité. Ils ont pourtant menti tout au long des événements sur l’ampleur de la catastrophe, aggravant ainsi les dégâts dus à la radioactivité. Ils ont tardé à refroidir les réacteurs avec de l’eau de mer dans l’espoir de les réutiliser, caché pendant plusieurs mois la fusion des réacteurs, retardé l’évacuation des centaines de milliers d’habitants des zones concernées et dissimulé l’existence de la fuite de tonnes d’eau contaminées à des taux de radioactivité très élevés.

Jusqu’au bout, c’est la logique de la rentabilité à tout prix qui a prévalu dans leurs choix. Si en mars, les anciens dirigeants de Tepco sont condamnés à quelques années de prison, les dangers pour l’humanité demeureront entiers tant que la société sera gouvernée par une telle loi du profit, quel que soit le type d’activité industrielle.

Léna PIGALLI