Tabagisme : une drogue qui tue, mais qui rapporte

04 Janvier 2017

À compter du 1er janvier 2017, les buralistes ne pourront plus vendre que des paquets de cigarettes neutres, sans logo, ni couleurs distinctives. Cette seule mesure a exigé de longues années de mobilisation de la part des associations de lutte contre le tabagisme, les groupes cigarettiers montrant leur capacité à faire prévaloir leurs intérêts auprès des autorités publiques.

Ainsi il a fallu quatre années de bras de fer avec les cigarettiers et les buralistes pour que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, obtienne que les cigarettes soient vendues dans des paquets vert olive, sur lesquels doivent figurer des photos montrant les conséquences du tabac, des gencives pourries par le goudron par exemple.

Habitués qu’ils sont à pouvoir tuer en toute impunité, Seita, filiale française du cigarettier britannique Imperial Tobacco, Philipp Morris ou encore Japan Tobacco International avaient déposé des recours, – qui ont été rejetés par le Conseil d’État – mettant en avant le respect des droits de propriété intellectuelle. Rien ne peut surprendre, de la part d’industriels qui niaient, il n’y a pas si longtemps, que le tabac ait le moindre effet néfaste pour la santé.

Que l’État mène la lutte contre le tabagisme qui tue des dizaines de milliers de personnes chaque année, vingt fois plus que les accidents de la route, c’est bien la moindre des choses. Mais cette lutte reste bien en dessous de ce qu’elle devrait être face à un tel fléau. Ainsi, Marisol Touraine a certes réclamé la création d’un fonds de prévention du tabagisme, mais celui-ci serait doté de 32 millions d’euros. Une somme bien dérisoire à côté des 14 milliards d’euros que les taxes sur le tabac rapportent à l’État. Et encore plus dérisoire par rapport aux 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires de l’industrie du tabac.

Comme bien d’autres problèmes de santé publique, la lutte contre le tabagisme se heurte à une maladie qui ronge toute la société : la soif de profit des capitalistes.

Léna PIGALLI