Droits des femmes : Jacqueline Sauvage enfin libre

04 Janvier 2017

François Hollande s’est enfin décidé à accorder jeudi 29 décembre une grâce totale à Jacqueline Sauvage, qui a été libérée le soir même après avoir passé quatre ans en cellule.

Cette femme de 69 ans avait été condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son mari en 2012. Pendant 47 ans, elle avait été victime de violences conjugales, deux de ses filles ont été violées par le père, et son fils, également victime de violences, s’était suicidé quelques heures avant la mort du père.

Cette libération est le résultat du combat de son comité de soutien et des associations féministes qui ont dénoncé cette injustice, ainsi que de tous ceux qui se sont joints à cette protestation. Une pétition avait recueilli plus de 400 000 signatures. Cette mobilisation avait amené Hollande à accorder une grâce partielle en janvier 2016. Par lâcheté politique, Hollande s’était contenté de cette demi-mesure, qui laissait à l’institution judiciaire le droit de décider si Jacqueline Sauvage pouvait bénéficier d’une libération anticipée.

À deux reprises, mi-août et fin novembre, les juges ont décidé de la maintenir en prison, invoquant un soutien médiatique qui la maintenait dans un « discours de sur-victimisation ». En novembre, les juges ont osé justifier leur décision en expliquant que Jacqueline Sauvage n’avait pas de « réel et authentique sentiment de culpabilité » et avait « une réflexion pauvre et limitée ».

Persistant dans cette attitude à l’annonce de la grâce présidentielle, Virginie Duval, présidente du syndicat majoritaire des magistrats, a dénoncé « une nouvelle atteinte à l’indépendance de la justice par l’exécutif ». Jusqu’au bout, l’appareil judiciaire aura ainsi montré à quel point il se soucie peu de protéger les femmes victimes de violences conjugales. Une femme meurt encore tous les trois jours sous les coups de son époux ou conjoint. 223 000 femmes sont victimes de violences conjugales graves. Parmi elles, seules 14 % ont osé déposer plainte, terrifiées, à l’idée que le conjoint ne l’apprenne et n’exerce des représailles. Lors de son procès, c’est le principal reproche que les magistrats ont adressé à Jacqueline Sauvage : ne jamais avoir déposé de plainte. Pourtant, ils connaissent ces statistiques, ils savent que bien souvent les femmes sont confrontées à des policiers qui minimisent les faits. Le cas de Jacqueline sauvage montre que, pour faire reculer les violences sexistes et plus généralement pour défendre leurs droits, les femmes doivent avant tout compter sur leurs mobilisations face à l’hypocrisie des milieux réactionnaires, l’indifférence des institutions et la lâcheté des gouvernants.

Aline URBAIN