Cazeneuve à Orléans : inauguration indécente

04 Janvier 2017

« Deux ministres pour inaugurer cet hôpital en crise, c’est un peu indécent » : c’est par ces mots qu’une infirmière du nouveau centre hospitalier régional d’Orléans-La source a commenté la venue lundi 2 janvier de Bernard Cazeneuve et de Marisol Touraine. La situation des agents hospitaliers et des patients dans ce nouvel hôpital, qui a ouvert ses portes fin 2015, est en effet catastrophique.

Au lieu des 1 000 embauches promises pour faire fonctionner cette nouvelle structure, il n’y en a eu que 200, pour 120 lits supplémentaires. En Médecine interne, service supplétif des Urgences, il y avait auparavant deux infirmières et deux aides-soignantes pour 30 patients. Avec le nouvel hôpital, leur nombre a été divisé par deux. Au service Logistique, ultrasophistiqué, le constat est le même. La direction n’a recruté que 80 agents, alors que son fonctionnement normal demande 150 personnes.

Les nouveaux bâtiments ont théoriquement été conçus pour améliorer l’accueil des patients, avec en particulier davantage de chambres seules. Mais le sous-effectif, qui oblige les agents hospitaliers à passer moins de temps avec les patients, a l’effet inverse et peut même aboutir à des situations dramatiques : au service Pneumologie, des infirmières n’ont pas pu accompagner jusqu’au bout leurs patients qui sont morts seuls dans leur chambre.

La pression pour faire des économies est partout présente. Aux Urgences, faute de pouvoir répartir rapidement les patients dans les autres services, on laisse les gens s’entasser sur des brancards. À la Maternité, qui est saturée depuis la fermeture en juin 2016 de celle de Pithiviers, la direction a demandé aux médecins de laisser sortir au bout de trois jours seulement les femmes ayant accouché par césarienne, alors que jusqu’ici elles restaient cinq jours. Toute l’équipe a refusé.

Plusieurs dizaines d’agents hospitaliers s’étaient rassemblés devant la grille de l’hôpital lundi 2 janvier pour dénoncer cette situation. Bernard Cazeneuve et Marisol Touraine ont refusé de les rencontrer, mais ils n’ont pas pu éviter qu’une infirmière déléguée du personnel les interpelle sur le sous-effectif criant à la fin de l’inauguration. Après les longs discours d’autosatisfaction et de congratulations mutuelles débités par les ministres et les politiciens locaux, ce rappel à la réalité a été salutaire.

Valérie FONTAINE