Sidérurgie européenne : marcher pour son patron, non merci !

17 Février 2016

Journée de travail payée, cars et casse-croûte fournis… les patrons de la sidérurgie, regroupés dans Eurofer, appelaient leurs salariés à manifester à Bruxelles lundi 15 février, pour exiger des mesures de l’Union européenne contre la concurrence de l’acier chinois, rendu responsable de la crise actuelle de la sidérurgie.

Parmi les organisateurs de cette manifestation, il y avait Mittal, celui qui a fermé l’aciérie de Gandrange, les hauts-fourneaux de Florange, les installations de Liège en Belgique, de Schifflange au Luxembourg et bien d’autres. Cela n’a pas gêné la CGC d’appeler à participer à la manifestation. FO de son côté a laissé ses adhérents libres d’y aller, tandis que CFDT et CGT ne s’y sont pas associés, sans pourtant dénoncer cette mascarade.

Au contraire, la CFDT « n’exclut pas une mobilisation avec les industriels », à condition qu’il y ait une concertation. Quant à la CGT, elle ne défend plus le « produisons français » mais le « produisons européen », dénonçant dans la presse régionale le fait que l’Europe est « percutée par la concurrence déloyale des aciers chinois et est inondée sous les exportations chinoises à prix cassés ». Et d’ajouter, en meilleur défenseur de la production européenne que les patrons, qu’en ce qui la concerne « cela ne fait pas deux ou trois mois qu’elle se bat contre ça ».

Toutes ces déclarations oublient l’essentiel, et le fait que la crise de la sidérurgie est liée à la financiarisation de l’économie. Objet de spéculation, le prix du minerai de fer avait grimpé à 200 dollars la tonne en 2011, avant de se retrouver à moins de 40 dollars aujourd’hui. Quand le minerai était au plus haut, ArcelorMittal a acheté cher, à crédit, des mines un peu partout dans le monde, mines qui ne valent plus grand-chose aujourd’hui… mais qu’il faut pourtant continuer à payer. Tout cela sur fond d’une stagnation économique généralisée. Du coup, le cours de l’action ArcelorMittal s’est écroulé également, passant de 64 euros en 2008 à 2 euros dernièrement.

Cela n’empêche pas ArcelorMittal d’annoncer un excédent brut d’exploitation de 5,2 milliards de dollars en 2015 et de prévoir encore 4,5 milliards pour 2016. Ce qui plombe ses comptes et lui fait annoncer de lourdes pertes est la dépréciation de ses mines qui, sur le papier, lui coûte 4,8 milliards. Si la valeur du minerai repartait à la hausse, ce jeu d’écritures se ferait dans l’autre sens.

Les patrons préparent l’opinion à de nouvelles suppressions d’emplois, alors qu’il y en aurait eu 40 000 ces dernières années sur le continent européen. Et la presse relaie la propagande protectionniste destinée à obscurcir les consciences. « La Chine fait peur », titrait ainsi Le Républicain lorrain. Certes, la production d’acier a explosé en Chine depuis les années 2000. Mais ses exportations concernent surtout des aciers standards et peu chers, et non l’acier haut de gamme, pour les voitures par exemple ou le fil pour les pneumatiques ou les rails de TGV.

Trois jours avant la manifestation, l’Union européenne annonçait la mise en place de mesures protectionnistes contre l’acier venant de Chine et aussi de Russie, des taxes pouvant aller jusqu’à 26 %. Aussitôt l’action ArcelorMittal remontait à la Bourse de près de 5 %.

Les travailleurs auraient tout à perdre à serrer les rangs derrière les patrons, qui préparent de nouvelles suppressions de sites et d’emplois. Il n’y a pas à aller manifester derrière les licencieurs ! Les responsables de la crise ne sont pas les travailleurs chinois, mais les patrons et le système capitaliste dans son ensemble.

Correspondant LO