Palestine-Israël : l’opposition israélienne menacée

17 Février 2016

Le 5 février, un rassemblement d’un millier de personnes s’est tenu à Tel-Aviv pour dénoncer les tentatives de l’extrême droite et du gouvernement de faire interdire les associations israéliennes qui s’opposent aux méfaits de l’armée dans les Territoires occupés, à la colonisation et au militarisme dominant.

L’association la plus visée est Breaking the silence (Rompre le silence), une association de vétérans de l’armée créée en 2004, qui permet aux anciens soldats de témoigner des abus sur la population palestinienne dont ils ont été témoins ou qu’ils ont été amenés eux-mêmes à commettre. Son dernier rapport, daté de l’été 2014, dénonçait les atrocités commises pendant l’opération Bordure protectrice, l’offensive militaire contre la bande de Gaza.

Dès sa création, l’association a été la cible de l’extrême droite, mais les attaques se sont intensifiées. Récemment une vidéo a été mise en ligne, présentant certains de ses militants comme des taupes, complices des terroristes palestiniens. Les noms des militants, leur téléphone et leur adresse ont été également rendus publics par l’extrême droite, tout cela associé à des menaces de mort anonymes.

Le gouvernement de son côté, loin de condamner l’extrême droite, a interdit à l’association de participer à des rassemblements d’anciens soldats ou de s’adresser à des lycéens. À la Knesset, le Parlement israélien, des députés ont tenté de la faire interdire. Un projet de loi l’a présentée comme « une organisation subversive voulant changer la politique d’Israël par des méthodes non démocratiques ». Un autre projet de loi voulait faire reconnaître comme agents étrangers les associations touchant de l’argent de l’étranger, certaines associations pacifistes recevant effectivement un soutien financier international. À la Knesset toujours, le chef du gouvernement, Netanyahou, a sommé le chef du Parti travailliste, Isaac Herzog, de dénoncer Breaking the silence. Ce dernier, tout en refusant de s’associer à une interdiction de l’association, a tenu à s’en démarquer en déclarant être « dégoûté par ses opinions ».

De ce fait, les militants et sympathisants des associations qui dénoncent la politique guerrière du gouvernement et ses conséquences savent aussi qu’ils ne peuvent compter que sur leur propre détermination pour continuer de se faire entendre.

Antoine FERRER