Mélenchon candidat : le PCF victime de sa propre politique

17 Février 2016

Jean-Luc Mélenchon a annoncé le 10 février sa candidature à la présidentielle de 2017 sur le plateau de TF1, sans en avoir averti les dirigeants du PCF, ses partenaires dans le Front de gauche depuis plus de sept ans. « Cela n’a été ni décidé ni discuté » en commun, a confirmé le porte-parole du PCF Olivier Dartigolles, qui lui a reproché sa « candidature en solo ».

Lors d’une réunion publique au théâtre Dejazet le 15 février, Mélenchon ne s’est pas gêné pour ironiser sur le Front de gauche « perdu dans le margouillis de ses alliances à géométrie variable, illisibles, incompréhensibles », et « dirigé par des dirigeants qui passent plus de temps à se faire des croche-pieds (...) qu’à essayer d’entraîner les autres ». Il peut d’autant mieux dresser ce bilan que c’est aussi le sien…

Les dirigeants du PCF se sont donc fait doubler par le politicien qu’ils ont eux-mêmes contribué à mettre en piste. En effet, ce sont eux qui ont apporté à cet ancien sénateur socialiste, ex-ministre du gouvernement Jospin, les troupes qui lui manquaient en créant avec lui le Front de gauche et en en faisant leur candidat à l’élection présidentielle de 2012.

Ce n’est pas la première fois que le PCF, en se mettant à la remorque d’un politicien bourgeois, se retrouve victime de sa politique. Avec Mélenchon, le PCF n’a fait que rééditer l’opération menée dans le passé à une tout autre échelle avec Mitterrand, cet homme de droite auquel il avait contribué à donner une image de gauche en lui apportant son soutien, en en faisant son candidat à l’élection présidentielle en 1965, puis en 1974. Le résultat de la politique d’Union de la gauche derrière Mitterrand fut désastreux pour le Parti communiste, qui y perdit ses électeurs et bon nombre de ses militants, démoralisés par la politique antiouvrière menée par la gauche arrivée au pouvoir en 1981. Et elle fut surtout désastreuse pour la classe ouvrière, qu’elle contribua à démoraliser après avoir faire naître des illusions à l’égard de Mitterrand.

Mélenchon affirme n’avoir « aucune idée » de la manière dont il trouvera les parrainages pour l’élection présidentielle et « l’argent pareil ». En réalité, en mettant le PCF devant le fait accompli, il fait le calcul que celui-ci, faute d’un autre candidat à soutenir, n’aura d’autre choix que de faire campagne pour lui

Dans cette période où plus que jamais il est urgent de préparer les travailleurs à relever la tête face aux attaques du patronat et de leurs serviteurs, les militants ouvriers auraient bien mieux à faire que de se mettre une nouvelle fois à la remorque d’un semeur d’illusion qui les conduira inévitablement dans une nouvelle impasse.

Jean SANDAY