Île de La Réunion : le bluff de « l’égalité réelle »

17 Février 2016

À l’occasion du dernier remaniement ministériel, la députée PS de La Réunion Ericka Bareigts a été promue secrétaire d’État à l’ Égalité réelle. Dans une société construite sur les inégalités, dans un monde qui entretient les divisions, et avec un gouvernement dont toute la politique consiste à les maintenir, l’objectif de l’égalité réelle est démagogique et mensonger, et en même temps l’aveu que l’égalité tout court, proclamée à toute occasion, n’existe pas !

À La Réunion, l’égalité réelle est depuis un certain temps déjà agitée par de nombreux politiciens, y compris par des représentants du gouvernement qui prétendent vouloir agir pour combler le fossé qui, dans la sphère économique et sociale, sépare les DOM de la métropole. Cette prétention prête à sourire quand on sait le vide de la politique de Hollande, et de tous ses prédécesseurs, en ce domaine.

Un des objectifs affichés de l’égalité réelle serait de faire coïncider le taux de chômage de La Réunion avec celui de la métropole. Or, à ce jour, le chômage n’a fait qu’augmenter. Il y a aujourd’hui plus de 170 000 Réunionnais privés d’emploi, pour une population de 850 000 habitants. Pourtant, au prétexte de soutenir la création d’emplois, des aides et des subventions ont été généreusement versées au patronat, qui en a profité pour garantir voire accroître ses profits, mais en aucun cas pour créer le moindre emploi.

Et les inégalités dans le travail se retrouvent dans tous les autres domaines de la vie sociale. Près de 40 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté. Des dizaines de milliers de Réunionnais ne disposent pas de logement et sont obligés de cohabiter à deux, voire à trois générations sous le même toit, ou de loger dans de véritables taudis.

Au vu de la politique du gouvernement auquel appartient Ericka Bareigts et de la propension de la nouvelle secrétaire d’État à aller au-devant des desiderata des patrons, il est plus que certain qu’aucune égalité dont pourraient bénéficier les classes populaires ne sera mise en œuvre. En 2010, Ericka Bareigts envisageait sans ciller l’augmentation des factures d’eau de 50 %, pour que Veolia et la CISE n’aient rien à débourser pour l’épuration des eaux usées. En 2012, alors que les patrons transporteurs manifestaient pour que leurs dettes sociales soient effacées, elle s’est précipitée dans les locaux du Medef « pour entendre leurs inquiétudes et leurs attentes concernant la commande publique ». En octobre 2014, elle s’est félicitée de la décision du gouvernement de relever à 9 % le crédit d’impôt pour les entreprises dans les DOM…

Aux journalistes qui demandaient à Ericka ­Bareigts ce qu’elle a ressenti à l’annonce de sa nomination au poste de secrétaire d’État, elle a répondu que c’était dans la suite logique du travail qu’elle avait mené depuis des années et qu’elle était prête à continuer à s’y « sacrifier »… uniquement pour complaire aux intérêts patronaux !

Émile GRONDIN